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Mythes d'origines et la théorie de l'évolution[1].






Paul Gosselin (1979)

Bronislow MalinowskiUne des plus belles prétentions de 'l'establishment scientifique" est cette prétendue objectivité et neutralité face aux faits qu'ils observent. Être objectif face une roche qui tombe ou une réaction chimique est chose facile, une roche ou une réaction n'a pas d'intérêts personnels, d'opinions politiques ou de croyances religieuses. Mais lorsqu'il s'agit d'observer d'autres êtres humains, l'objectivité n'est plus une chose aussi facile.

Le but de cet essai n'est pas de faire un traité sur l'objectivité scientifique, mais d'étudier un élément important de la communauté scientifique, moderne, c'est-à-dire la théorie de l'évolution. Cet essai, je le fais avec l'intuition que les scientifiques sont quand même humains et qu'ils ont besoin, eux aussi, de leur mythe d'origines. Une citation de Malinowski (avec une petite paraphrase de moi-même) servira bien pour illustrer cette suspicion (1948: 78):

Dans la première section je traiterai du contexte où s'est développé la théorie de l'évolution et comment elle est définie aujourd'hui par quelques leaders de la pensée évolutionniste. Dans la deuxième section j'examinerai ce qu'est la Science en essayant de déterminer si l'évolution est une théorie proprement scientifique. Ceci sera suivi d'une dernière section comparant les mythes et la théorie de l'évolution et en tout dernier lieu les conclusions générales.


Charles DarwinI Origine et définition de la théorie de l'évolution
La théorie de l'évolution est née, au 19e siècle. Une période particulièrement perturbée par divers mouvements politiques et intellectuels, une des visées de ces mouvements était de briser la mainmise idéologue du christianisme prévalant en Europe cette époque, et un des éléments recherchés, nécessaires à cette lutte, était une explication des origines évitant de faire référence au surnaturel et à Dieu. Darwin publia son livre Origine des Espèces en 1859. Cette œuvre avait été précédée par plusieurs autres travaux orientés dans le même sens: Lyell en géologie, Lamarck en biologie et Malthus en démographie. C'était aussi une période ou l'on avait développé un grand espoir dans le "progrès". La science avait fait des découvertes passablement impressionnantes et tout semblait permettre d'entrevoir l'avenir avec optimisme, étant donnée le rôle joué par la science dans le développement technologique à cette époque, il n'est donc pas surprenant qu'on se soit aussi tourné vers la science pour une explication alternative des origines de l'homme. Le défi auquel faisait face Darwin et d'autres cette époque, était d'élaborer une explication matérialiste des origines de l'homme, éliminant ainsi la possibilité aux hommes de se tourner vers la religion et les autres "superstitions" pour trouver des réponses à leurs problèmes. Une citation de Julian Huxley illustrera cette visée (1958: XV):

En général, les scientifiques considèrent que l'évolution est un processus universel, dans le temps et dans l'espace. Dobzhansky la décrit de la façon suivante (1967 40)

René Dubos, un autre évolutionniste bien connu indique. (1965: 6)

Aujourd'hui, dans la communauté scientifique, la théorie de l'évolution jouit d'une acceptation presque unanime, il s'agit d'un statut semblable celui dont jouissait autrefois le récit de la création de la Bible. Bien qu'on se permette quelques critiques sur les détails de la théorie, on met rarement en cause l'idée générale. Voyons maintenant quel est la relation entre la théorie de l'évolution et la Science.


II Qu'est ce que la Science ? L'Évolution, est-ce scientifique ?
Poser la question "qu'est ce que la science ?" peut sembler presque niais, et certains, j'en suis sur, s'empresseraient de répondre que "c'est ce que font les scientifiques ..." Ainsi je crois qu'il est important de clarifier cette question, surtout à cause de l'importance que la civilisation occidentale accorde à la science.

Première chose à remarquer, c'est que tout ce que font les scientifiques ne s'appelle pas nécessairement "Science". La Science se définit plutôt par l'utilisation de la Méthode scientifique. J'ai pensé inclure ici une explication donnée par Anthony Standon (1950: 27-28) sur la méthode scientifique, elle est passablement longue, mais par sa simplicité elle met en évidence certaines exigences qui sont peu connues à l'extérieur de la communauté scientifique.

Karl R. PopperKarl Popper, un philosophe de la science bien connu, est en accord avec Standen sur le fait que la Science ne nous apporte pas "La Vérité", elle ne peut vérifier ses propositions ou les prouver, mais seulement les réfuter. C'est ce qu'appelle Popper la question de la démarcation au niveau méthodologique entre la science et les autres moyens d'acquisition de connaissances. (1935/1973: 40-41)

Que l'on se tourne vers les "Sciences Sociales" et l'on constate que le mot science est employé à toutes les sauces. Pourquoi ne pas dire plutôt les Études Sociales? Il semblerait que le prestige de la méthode scientifique en Sciences Naturelles est tellement mont L la tête de certains, qu'ils sont victimes de l'illusion que seule la Science (avec un grand S) conduit la Vérité. Maintenant que l'on sait que la science ne nous conduit pas la Vérité, pourquoi ne pas la considérer comme un moyen d'acquisition de connaissances parmi d'autres? De toute manière, en "Sciences" sociales on ne s'est jamais trop préoccupé de suivre la méthode scientifique, alors laissons tomber les prétentions faire de la "Science".

Dans une introduction un compte rendu de livre traitant de la philosophie des sciences, Paul Ackerman met en évidence la différence entre Science et Scientisme (1978 :12)

Plus loin on nous indique que la plupart des adhérants du scientisme sont des non-scientifiques, curieux, n'est pas? Il semble que graduellement la Science a repris un rôle joué par la religion dans le passé. Autrefois on nous disait, "la Bible ou le Pape dit..." et cela mettait fin aux discussions, maintenant lorsqu'on dit "la Science nous indique que tous se pressent obéir aux ordres des scientifiques. Elle est devenue le valideur ultime du discours officielle et la confiance sociale accordé à la science comme planche de salut pour l'homme occidental ne semble pas près de s'évanouir malgré les bombes H et les problèmes de pollution.

Maintenant... que peut-on conclure propos de la théorie de l'évolution, est-elle scientifique? Correspond-elle aux exigences de la méthode scientifique? Et si l'on consulte un hérétique authentique tel que le créationniste américain Henry Morris, voici son avis sur l'une des faiblesses majeures de l’évolution (1974: 80):

Karl Popper, qui est évolutionniste, admet que cette théorie ne correspond pas à ses propres critères rendant admissible à une hypothèse au statut de théorie scientifique. (1963: 964) Il indique...

Ainsi nous voyons que toute la question des origines est hors de la portée de la science puisqu'elle ne peut être soumise à des expériences en laboratoire. La théorie de l'évolution n'est donc pas scientifique et ceci, malgré le fait qu'elle soit formulée au moyen d'un vocabulaire "scientifique" et que des scientifiques y croient.


III. Comparaison fonctionnelles: mythes d'origines et théorie d'évolution.
Voyons maintenant quels rôles jouent les mythes d'origines dans les différentes sociétés. Selon le défunt structuro-marxiste Lucien Sebag (1964 :143)

D'après Percy Cohen (1969: 351) le mythe se distingue surtout par sa plurifonctionalité.

Claude Lévi-StraussPuisqu'il ne faudrait pas parler de mythes sans parler de monsieur Claude Lévi-Strauss, je laisserai donc un mot au maître sur le sujet. (1958/74 :231)

Suivant ce texte, Lévi-Strauss continue avec le fameux exemple de la Révolution Française. Il indique que pour l'historien, la Révolution Française est une suite d'événements du passé dont les effets se font encore sentir aujourd'hui, mais de façon lointaine. Mais pour l'homme politique la Révolution Française est non seulement "séquences d'événements passés, mais aussi schème doué d'une efficacité permanente, permettant d'interpréter la structure sociale de la France actuelle, les antagonismes qui s'y manifestent et entrevoir les événements de l'évolution future." (1958/74: 231)

Que l'on puisse exploiter ainsi la Révolution Française, il me paraîtrait invraisemblable qu'on ne le fasse pas avec la théorie de l'évolution, Si on relie les textes définissant la théorie au début de cet article on verra bien que l'évolution Reconstitue pas qu'une suite d'événements passés, mais qu'elle constitue aussi pour le scientifique le plan d'avenir. Dans le contexte de la théorie de l'évolution, le scientifique est en voie de manipuler l'évolution pour le bien" de l'homme, mais comme on le sait tous, "Ce qui fait le bonheur des uns, fait le malheur des autres". Qui nous dira ce qu'est le bien de l'homme?

Voyons maintenant quelques uns des rôles joués par la théorie de l'évolution. Au niveau de la psychologie, on regarde l'homme, depuis Freud qui était évolutionniste, comme un animal, déterminé par ses instincts sexuels. Au niveau du système d'éducation américain, un des hommes les plus influents, John Dewey fut le premier à prôner I'éducation libre c'est-à-dire laisser l'enfant "évoluer" par lui-même. Au niveau des différentes idéologies telles que le racisme et l'étatisme totalitaire, on constate qu'elles ont souvent été justifiées par la pensée évolutionniste de "la lutte pour la survie" et "la survie du plus aptes". L'adaptation dans ces cas-ci pouvant comprendre les armes meilleures que son voisin ou tout autre chose donnant un avantage quelconque. Une liste comprenant tous les domaines qui ont accepté et ont été influencé par la théorie de l'évolution serait trop longue à énumérer ici, mais elle pourrait toucher des sujets aussi éloignés que la biologie, les dessins animés pour enfants et la religion.

En retournant aux définitions du mythe donnés par Sebag, Cohen et Lévi-Strauss, nous pouvons constater que la théorie de l'évolution correspond presque à tous les points relevés. Elle implique:

Misia Landau, dans Narratives of Human Evolution explore précisément cette dernière question et elle note (1991: ix-x)

Je crois que Lévi-Strauss pourra nous éclairer ici sur la forme particulière (en particulier son exploitation du langage scientifique) de la théorie de l'évolution (1958/74: 255)

N'y a-t-il pas lieu de penser que la forme particulière prise par la théorie de l'évolution soit liée aux types de choses sur lesquelles portent ces opérations, plutôt que par un besoin différent de ce qui aurait fait naître les mythes d'origine dans les sociétés non occidentales ou prémodernes? La science ne fait que nous offrir nous les occidentaux de regarder les autres théories d'origines, c'est-à-dire ce qu'on appelle les mythes d'un oeil bien ethnocentrique. "Nous seuls sommes Scientifiques, que vous êtes mal pris..."


IV CONCLUSION
Dans le monde des mythes, les miracles sont monnaie courante et se produisent régulièrement. Il en est de même dans le mythe d’origines évolutionniste. Tout comme dans le Dreamtime des récits des aborigènes d'Australie ou les récits du Carcajou chez les Premières Nations d’Amérique, dans le monde mythique évolutionniste on y rencontre régulièrement des phénomènes contraires aux lois naturelles et qui n’ont été observés par aucun humain. Et la première de ces miracles est l'abiogenèse, le passage de la matière inerte à des organismes vivants, capables de se reproduire par elles-mêmes. Et par la suite, il y a le passage des invertébrés aux vertébrés, le passage des organismes marins, tels le poisson, à des organismes terrestres, le passage de reptile à mammifère, le passage de mammifère terrestre à mammifère marin et le passage de reptile rampant à un oiseau avec la capacité de voler. Mais le plus grand miracle ? C’est sans conteste l’apparition d’un code génétique fonctionnel et de son support chimique, l’ADN et ce sans l’intervention d’un Programmeur[3] ou Ingénieur. Manifestement les miracles abondent dans le mythe d’origines évolutionniste. La foi de ces adeptes est grande, mais pour ma part je dois avouer ne pas avoir suffisamment de foi pour croire à tant de miracles.

Je crois qu'à partir des éléments donnés dans cette étude, qu'il serait possible de concevoir la théorie de l'évolution en tant que mythe d'origine de la communauté scientifique internationale. Qu'est-ce que ceci prouve? Seulement que les scientifiques, eux aussi sont des êtres humains et comme tous les êtres humains connus jusqu'ici, ils ont besoin de savoir d'où ils viennent, et aussi d'une doctrine (plus ou moins) réconfortante leur donnant une emprise sur le présent et aussi l'avenir.

Le caractère spécifique de l'évolutionnisme est qu'elle n'est pas articulée, comme le sont habituellement les mythes, à un plan d'action ou d'ordre social (une religion). A cause de ce trait la théorie de l'évolution recel un danger caché, c'est qu'elle peut être manipulée de façon opportuniste. Tous savent que la doctrine du Darwinisme social était à la base de l'idée de la "race supérieure" des Aryens de Hitler et qu'elle justifia le massacre de six millions de Juifs au nom de la "survie du plus apte". Oserions-nous accorder le pouvoir quelqu'un qui croît réellement à la théorie de l'évolution et serait disposé à l'appliquer à une société concrête? Qu'est-ce que l'histoire nous montre lorsque ces choses sont arrivées ?

Bien que les élites en Occident se méfient maintenant du Darwinisme social (la théorie de l'évolution appliquée à la gestion de sociétés concrètes), en politique aujourd'hui les choses sont perturbées (surtout au niveau international) au point qu'il n'est pas imaginable qu'on puisse ressusciter une nouvelle réincarnation de ce genre d'idéologie politique.



Bibliographie

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Notes

[1]- Travail remis au département d'anthropologie, U. Laval. le 21 déc. 1979 (avec références ajoutées). La note (en conclusion) au pouvoir politique des ayatollahs visait un phénomène à l'époque tout à fait nouveau. Les régimes intégristes musulmans font désormais partie du quotidien maintenant.

L'auteur propose, dans Fuite de l'Absolu, volume II (2009), des recherches beaucoup plus poussées sur la question des origines et le rôle idéologique que joue la théorie de l'évolution en Occident.

[2]- Il est possible que certains aient eu vent de rumeurs laissant entendre que Popper s'est repenti de ses critiques antérieures de l'évolution et a changé d’avis pour l'appuyer sans réserve. C’est une question importante, mais que je ne peux discuter plus longuement ici. Au 6e chapitre de mon essai Fuite vol. 2 je livre le résultat de quelques recherches sur la question et je me contenterai ici d’un seul commentaire: parfois les apparences sont trompeuses…

[3]- Tout ça est relatif évidemment, car un miracle reste un miracle après tout. Mais c’est tout de même un miracle dont aimerait bien se prévaloir les dirigeants de Microsoft, car eux n’ont pas le choix. S’ils veulent mettre la main sur du code exécutable innovateur et fonctionnel, ils doivent engager des programmeurs. Pas de miracles pour Microsoft ! D’ailleurs, dans son livre The Road Ahead Bill Gates lui-même a affirmé au sujet du code génétique (1996 : 288) « L'ADN est comme un logiciel, mais bien, bien plus avancé que tout type de logiciel que nous avons créé jusqu'ici. »