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Samizdat

Lettre à une chrétienne
qui songe au divorce[1].





Introduction :



Georges Darveau


Sylvie,

J'ai cru comprendre que depuis quelque temps tu songe sérieusement divorcer ton mari.

Dieu a un plan pour ton mariage. Cela peut impliquer des choses que tu n'as pas prévues, mais ça ne veut pas dire qu'Il n'a pas de plan. Lui fais-tu toujours confiance ? Moi-même j'ai eu de très grosses déceptions dans ma vie chrétienne. Il y a un projet dans lequel j'avais investi plus de 15 ans de ma vie. Lorsque les portes se sont fermées complètement pour ce projet ça a provoqué une très grosse crise dans ma relation avec Dieu. Il m'avait dirigé, c'étais sa volonté! J'avais même jeûné ! Et tout ça c'étais une grosse farce dégueulasse finalement?? Je m'étais trompé, sinon Dieu s'est trompé!? Dieu m'a niaisé pendant tout ce temps ?? Disons que j'en avais TRES gros sur le coeur. Enfin, j'aurais pu assez facilement m'engouffrer dans l'amertume et foute ma relation avec Dieu aurait aboutie à la poubelle, mais je me suis dit que je lui ferais confiance malgré tout, même si je ne comprenais rien de ce qui s'étais passé. C'étais un moment très noir pour moi. Peut-être que tu en es au même stade et tu ne vois pas de porte de sortie? Ce n'est pas parce qu'on n'en voit pas qu'il n'y en a pas, mais il faut Lui faire confiance à nouveau. Quelques versets qui m'ont aidés:

Je fais mon bonhomme de chemin depuis. Peut-être ce chemin m'était nécessaire, je n'en sais rien. Je soupçonne qu'une des raisons pourquoi on voit tant de divorces en milieu chrétien actuellement c'est qu'on a semé de la mauvaise graine pendant tant d'années. C'est-à-dire qu'on a prêché dans nos églises un évangile superficiel comme celui visé par la citation qui suit de David Wilkerson (Prêt à tout abandonner ? Éditions Vida 1980/1982):

Ailleurs dans le monde, les chrétiens sont surveillés par la police d'État, jetés en prison, torturés ou vivent dans une pauvreté extrême. Les évangéliques en Occident ne connaissent rien de tout ça. On peut à peiner imaginer de telles circonstances. Nous nous sommes éprouvés plutôt sur le plan de nos relations et en particulier dans les couples. Comment feras-tu face à ton épreuve de la foi ? C'est entre tes mains.

Mais si tu persistes dans ta décision de divorcer malgré tout, il te faut te poser des questions sérieuses: Que fais-tu des vœux que tu as prononcé devant Dieu le jour de ton mariage ?

Le Nouveau Testament est très restrictif quant au divorce, plus restrictif encore que ne l'est l'Ancien Testament (où une lettre de divorce suffisait). Est-ce que tu peux trouver un verset biblique pour justifier ce que tu penses faire ou es-tu déterminée à trahir tes vœux de mariage (faits devant Dieu et les hommes) comme tant d'autres, peu importe que ce soit vraiment justifié ou non ? Te souviens-tu des vœux que tu as prononcé le jour de ton mariage (ou te souviens-tu uniquement si ta robe te allait bien ou s'il a plut) ? Quels étaient ces vœux au juste ? Que restera-t-il de ton témoignage si tu divorce ton mari, sans justification biblique ? Bien des chrétiens et chrétiennes dans une telle situation tordent les Écritures pour justifier le divorce. Seul un adultère (et non pas des pensées adultères) peut le justifier et même là les Écritures recommandent de tenter de sauver le mariage plutôt que divorcer. Voici le verset pertinent:

On a posé la question directement à Jésus, voici son avis:

L'apôtre Paul, dans le cas de nouveaux chrétiens, recommande de ne pas divorcer, même s'ils sont mariés à un non-chrétien:

Les Écritures nous affirment que ce n'est pas une petite chose aux yeux de Dieu de briser des vœux/promesses faits devant Lui. Voici ce que Dieu dit au sujet d'un leader politique (pharaon dans le contexte) qui brise une promesse faite au nom de Dieu.

Et dans d'autres contextes:

Dieu veut qu'on garde notre parole tout comme Lui garde sa Parole. Dans ta situation, bien des femmes qui pensent au divorce justifient cet acte par le fait que leur mari n'a pas pris ses responsabilités et invoquent le verset suivant:

Est-ce légitime d'envisager le divorce dans un tel cas ? C'est une justification que l'on entends dans la bouche de bon nombre de chrétiennes et pourtant rien dans les Écritures n'appuie cette idée. Et s'il fallait l'envisager il faudrait alors, en toute logique, admettre que les hommes puissent évoquer, de la même manière, le manque de soumission de leurs femmes, comme motif de divorce, car ce devoir des femmes est fait mention quelques versets avant (Eph. 5: 22). Non, soyons clairs, aucun de ces motifs n'est justifiable (ni pour les hommes ni pour les femmes) de la part d'un chrétien/ne pour justifier un divorce.

Évidemment toute la génération qui nous entoure ne peut pas tolérer de tels commentaires. La première chose que l'on entend en réplique est "COMMENT PEUX-TU ME JUGER !!??" Notre génération présente déteste la culpabilité et déteste plus encore le concept du jugement. À notre génération, les Écritures adresse un avertissement sévère:

Comment se fait-il que c'est ainsi, c'est-à-dire que notre génération déteste à ce point le jugement? Il y a plusieurs raisons qui sont liées en ordre logique. On a détruit les fondations... Vois le raisonnement qui fonde la réaction des gens qui ne connaissent pas la parole de Dieu.

La religion postmoderne qui nous entoure affirme que chacun à sa vérité. Mais cette idéologie si chic et si dominante actuellement, est d'une inconséquence... S'il est vrai que chacun a sa vérité alors même Hitler, le violeur d'arrêt d'autobus à Montréal, Jack Kavorkian, Pol-Pot, Jack the Ripper et Staline ont tous leur vérité... Et personne ne peut leur faire de reproche pour leur comportement. Dans ce contexte, ce serait de l'hypocrisie que de vouloir les juger. Ils ont juste voulus s'épanouir de manière originale, c'est tout. Il faut se rendre compte que beaucoup d'évangéliques ont absorbé ces idées, ces manières de penser du monde et lorsqu'on remet en question leur comportement, ils réagissent exactement comme les païens qui nous entourent en répondant COMMENT PEUX-TU ME JUGER !!??

Certains défendent cette réaction en citant le cas de la femme prise en flagrant délit d'adultère qu'apparaît en Jean 8: 3-11. Dans cette situation, on a confronté Jésus à une femme digne de jugement selon la loi. Que fait Jésus ? Évidemment on connaît l'histoire. On sait que Jésus ne la juge pas. Mais est-ce le cas vraiment ? Il faut noter que dans le contexte, les pharisiens exploitent cette situation pour discréditer Jésus. Et Il le saît... C'est pourquoi il saisit la situation pour remettre en question leurs motifs dans cette situation. Il saît que leurs motifs de jugement sont impurs. Ce n'est pas la justice qui les intéresse, mais prendre Jésus au piège et le marginaliser.

Mais il faut se demander aussi ce que Jésus n'a pas fait. Il ne remet pas en question le fond de la chose, c'est-à-dire leur jugement. Il ne remet pas en question le fait que la femme ait péché et qu'elle est digne d'être jugé sous la loi de Dieu. Mais Jésus saisit aussi la situation pour lui offrir une porte de sortie et lui tendre une main de grâce. Et puisque les Écritures n'en disent pas plus, on peut supposer qu'elle ait accepté l'offre de Jésus et ait effectivement changé de comportement. D'ailleurs je ne pense pas que Jésus lui aurait fait cette offre de grâce si elle-même n'avait pas admise/reconnue sa culpabilité. Mais ça c'est une notion que notre génération postmoderne ne connaît pas...

Notre génération préfère se créer des divinités tolérantes, à son image. Mais le Jésus de l'Amour à l'eau de rose est une invention de notre génération, car le Christ véritable est venu non pas pour abolir la Loi, mais pour l'accomplir. Scandale ! La condamnation de nos comportements et nos motivations est maintenue. On peut nous tenir responsable de nos fautes ? Impensable ! Notre génération n'accepte aucune limite à sa volonté ou à ses désires. Les Écritures affirment donc que la condamnation est maintenue, mais que Christ prend sur lui la sentence dictée par le Juge ; la mort. Nous, on n'a qu'admettre note culpabilité pour recevoir la grâce que Dieu veut nous donner. Mais admettre notre culpabilité c'est reconnaître et se soumettre à la Loi de Dieu. Est-ce que notre génération de chrétiens en est capable ? Bien souvent notre comportement démontre clairement le contraire. Notre génération affirme que la fidelité est une prison étouffante dont il faut fuire, mais dans son livre l'Amour et l'Occident, Denis de Rougement apporte quelques réflexions intéressantes à ce sujet (1972: 331-332):

Pour moi, renonçant d'emblée à toute apologie rationaliste ou hédoniste, je ne parlerai que d'une fidélité observée en vertu de l'absurde, parce qu'on s'y est engagé, simplement, et que c'est un fait absolu, sur quoi se fonde la personne des époux. Il faut bien voir que cette fidélité est à contre-courant des valeurs aujourd'hui vénérées par presque tous. Elle représente le plus profond non-conformisme. Elle nie la croyance commune en la valeur révélatrice du spontané et de la multiplicité des expériences. Elle nie que l'être aimé doive réunir, pour être ou pour rester aimable, le plus grand nombre de qualités possible. Elle nie que le but de la fidélité soit le bonheur. Elle affirme scandaleusement que c'est avant tout l'obéissance à une Vérité que l'on croit, et en second lieu la volonté de faire une oeuvre. Car la fidélité n'est pas du tout une espèce de conservatisme. Elle est plutôt une construction. « Absurde » au moins autant que la passion, elle se distingue de la passion par un refus constant de subir ses rêves, par un besoin constant d'agir pour l'être aimé, par une constante prise sur le réel, qu'elle cherche à dominer, non pas à fuir.

(1972: 339) ...on pourrait dire que la fidélité se garantti elle-même contre l'infidelité du simple fait qu'elle habitue à ne plus séparer le désire et l'amour. Car si le désir va vite et et n'importe où, l'amour est lent et difficile, il engage vraiment toute une vie, et il n'exige pas moins que cet engagement pour révéler sa vérité. Et c'est pourquoi l'homme [ou la femme - GD] qui croit au mariage ne peut plus croire au « coup de foudre », et encore moins à la « fatalité » de la passion.

Évidement celles (et ceux) qui justifient leur divorce en affirmant: «Mais je ne l'ai jamais vraiment aimé» évacuent leur engagement pour ramener la valeur du mariage à une évaluation subjective, uniquement émotive. Mais il y a lieu de penser que cette conception émotive de l'amour, c'est-à-dire lié à et à la merci de sentiments et émotions amoureux, soit carrément un mensonge. Une fois pris(e) au piège de ce mensonge, dès que les émotions ne sont plus là, alors toutes les trahisons sont permises, au nom de "l'Amour" évidemment... Pour guérir de ce mensonge de Rougement est d'avis que la seule solution est de confronter le fuyard (qu'il compare à un malade) à la réalité (1972: 418):

La cure consisterait dans une confrontation du fiévreuxà la réalité. L'équivalent des antihistaminiques prescrits dans les cas d'allergie serait d'amener le passionné à regarder et à voir l'autre tel qu'il est. Or c'est à quoi le passionné se refuse avec toute sa passion, précisément. Il préfère s'éloigner de celle [ou celui] qu'il risquerait de trop bien voir dans la sobre lumière des jours partagés.

Évidemment pour vraiment voir l'autre tel qu'il est il faut, auparavant, se regarder dans le miroir. Et de là, les questions se posent: Moi, est-ce que j'aime vraiment l'autre ou est-ce que j'aime seulement qu'un sentiment (égoïste), une émotion passagère, c'est-à-dire que moi-même? Que feras-tu donc Sylvie de la grâce de la repentance que Dieu t'offre ?Tu peux encore changer de cap. RIEN n'est inévitable, il y a toujours l'espoir si on s'attache à Lui.. SI tu persistes dans ton idée, ton scénario risque de suivre le cours habituel dans ce genre de situation de celles qui initient un divorce. Avant que le divorce soit prononcé officiellement ce ne sera pas surprenant de te retrouver dans le lit d'un autre gars (afin de prouver que tu es toujours désirable, digne d'attention, bla, bla, bla....). Et trop souvent cela est justifié avec ces paroles mémorables: J'ai le droit d'être heureuse! Les Écritures proposent parfois des paroles très directes touchant ce genre de situation. On nous dit: «La femme sage bâtit sa maison, Et la femme insensée la renverse de ses propres mains.» (Proverbes 14: 1)

Il est vrai que peu de gens, dans notre génération, supportent l'idée d'être jugés, mais la Parole de Dieu nous juge tous et si on se dit chrétien ou chrétienne cela implique qu'on as des comptes à rendre devant sa Parole (non pas devant Georges Darveau). C'est sa Parole qui jugera toi et moi un jour. Et si tu te reprends, il est tout à fait concevable qu'un jour ce soit moi qui aie besoin d'être repris par toi. Personne n'est au-dessus de tout ça. Je veux être soumis à sa Parole et avoir une vie qui (dans son ensemble) qui rend témoignage à son nom (et non me contenter de belles paroles vides). Dire (verbalement) qu'on aime Dieu est facile. Jésus nous a dit:

Sylvie, je sais que c'est dur d'entendre tout ça, mais si tu veux échanger je ne suis pas bouché. Tu peux même me chanter des bêtises si tu en as envie. Évidemment si tu décides de revenir sur cette idée et construire ton mariage je te recommande TRES fortement de rencontrer un chrétien compétent pour du counseling à deux. Dans ces situations, les deux doivent écouter et faire des concessions et ça prend vraiment une personne neutre pour départager les choses.

Ceci dit, il faut être sur ses gardes. Dans nos églises évangéliques la tradition d'apporter sa Bible à l'église est un acquis de la Réforme. Cela implique que tout chrétien a le droit (et le devoir) de consulter sa Bible de manière à vérifier si ce qu'on lui enseigne est bien conforme à la Parole de Dieu. L'exemple nous est donné par l'Église primitive où les juifs de Bérée vérifièrent les paroles de l'apôtre Paul afin de s'assurer qu'elles étaient fondées dans la Parole de Dieu (Actes 17: 10-11). En effet, l'attitude du Nouveau Testament peut se résumer à ceci: "Examinez toutes choses; retenez ce qui est bon." (1Thess. 5:21). Dans le contexte qui nous concerne ici cela implique d'apporter sa Bible dans les sessions de counseling et si celui qui fait le counseling ouvre une porte vers le divorce que les Écritures n'admet pas, il faut ouvrir la porte du bureau de ce counsellor et sortir... Bien des counsellors évangéliques qui ont une formation universitaire ont subi un lavage de cerveau (volontaire?) dans ce contexte et bien qu'ils connaissent bien la BIble, sur le sujet du divorce ils pensent comme des païens... Contrairement au prophète Daniel, qui a refusé les mets du roi, eux ils ont bouffé tout ce qu'on leur a enseigner à l'université sans songer à remettre en question de manière (et subir les conséquences au niveau de leurs notes). Faut penser à sa carrière, n'est-ce pas? C'est enmerdant à dire, mais il faut être sur ses gardes. De telles counsellors construisent des maisons sur le sable et non sur le Roc. Un jour ils auront des comptes à rendre devant Dieu.

Sylvie, ne cherche donc pas la porte de sortie «facile» à ta situation, ni à te conformer à l'Esprit du Siècle, mais cherche à marcher dans la Vérité. Ainsi, au jour du Jugement, tu n'auras donc pas honte de la décision que tu as prise touchant ton mariage.




que sa grâce te garde Sylvie!


Georges


Notes

[1] - Dans ce texte, les noms ont été changés pour protéger les (plus ou moins) innocents.