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Samizdat

David et Bath-Schéba:
Crime et châtiment dans la Bible.






Georges Darveau (2002)

Dans nos églises évangéliques, on a parfois droit à des prédications sur la vie de David et, si on a un pasteur courageux, on peut voir traiter de l'affaire Bath-Schéba, un épisode plutôt noir dans la vie du roi David que l'on trouve dans 2Samuel, chapitres 11-12) et qui est fort instructif.

Lorsqu'on lit la Bible, il est important de mettre de côté certains préjugés liés aux conceptions dominantes de notre époque. Une de ces conceptions dominantes touchant les rapports hommes – femmes est le préjugé très répandu que les hommes sont toujours les agresseurs et les femmes, toujours victimes. Lorsqu'on regarde la culture populaire occidentale de notre génération, ce préjugé est très répandu et dans la culture juridique il est omniprésent. On le rencontre aussi dans la publicité, dans les films et le système d'éducation, mais puisque c'est comme l'air qu'on respire, il est difficile de s'en apercevoir... La chose prend une telle ampleur en Occident que même une femme qui tue son conjoint est souvent perçue comme une victime. C'est le réflexe. Un homme, dans la même situation, n'attire jamais le même regard. Peu importe les circonstances, l'homme doit être l'agresseur... Cela simplifie beaucoup les choses.

En général, lorsque nous les évangéliques occidentaux, nous regardons cette histoire, on ne voit que le rôle et la culpabilité du roi David, le méchant. David porte certes une grande responsabilité dans cette histoire. Il a convoité la femme de son prochain, il l'a fait venir chez lui, il a couché avec, il a tenté de manipuler son mari pour cacher sa faute et l'a fait tuer par la suite pour cacher sa faute. Sur ces gestes, le jugement de Dieu est tombé. Mais ce n'est pas la fin de l'histoire, car les Écritures nous fournissent suffisamment de données pour entrevoir une responsabilité, disons partagée, dans cette affaire.


Quelques faits.

Bath-Schéba était la femme d'Urie, le Héthien. Une femme d'une beauté exceptionnelle, à ce que l'on dit. Urie, pour sa part, n'était apparemment qu'un soldat ordinaire, un soldat fidèle. Mais dans 1Chroniques 11: 41 il est tout de même énuméré dans les Trente, un groupe de soldats élite. C'était donc un soldat de réputation. Les Écritures ne font aucun reproche à Urie, sauf possiblement un excès de zèle envers son maître David au point de refuser d'aller à sa maison tandis qu'il était en mission. Il est certes pensable que ce genre de comportement puisse être perçu par un grand nombre de femmes (lorsque ça les vise personnellement) non pas comme louable, mais comme une forme de négligence impardonnable de la part de son mari.

Autre fait, puisqu'Urie était absent, parti en campagne de guerre, Bath-Schéba, comme toutes les épouses de soldats et de marins, devait gérer de longs moments de solitude, sans l'attention de son mari. Il se peut que cette situation l'emmerdait et comme beaucoup de femmes de notre génération, elle se soit mise en tête qu'elle « méritait d'être heureuse », c'est-à-dire l'objet de l'attention d'un mâle. Elle a pu penser qu'une femme de sa beauté, avait le droit d'avoir de l'attention de la part d'un homme. L'amertume a peut-être commencé à germer contre son mari, ce niais avec son idée stupide de s'enrôler dans l'armée... toujours parti, etc... Et une fois qu'elle a admise (et caressée) cette idée qu'elle méritait d'être heureuse (et objet d'attention de la part d'hommes) elle a pu facilement avaler d'autres mensonges de l'Ennemi et a commencé à regarder ailleurs pour un autre homme, digne d'une femme de sa qualité, femme d'une beauté inégalée.

Autre fait, David était un homme pour faire tourner les têtes des femmes. Il était d'abord un guerrier redoutable, le superhéros de son époque et, de plus, le chef de la nation, artiste, danseur et riche à craquer. Il est ce que les femmes appellent communément un trophée ou un 'mec plus ultra' si on peut ainsi dire... Forcément la comparaison avec Urie ne pouvait que favoriser David. Urie n'avait aucune chance dans une telle comparaison.

Autre fait, la maison d'Urie (où habitait Bath-Schéba) était près de celle de David. Il faut noter que dans cette époque les villes étaient construites, pour des raisons militaires, sur des collines, et le palais du roi, était généralement situé au sommet. Le roi pouvait donc voir tout ce qui se déroulait en bas. La maison d'Urie devait se trouver assez près, car lorsque David fit une promenade nocturne sur le toit de sa maison, il n'a pas manqué de bien voir Bath-Schéba prenant son bain de nuit, par hasard... Les Écritures nous indiquent: "Un soir, David se leva de sa couche; et, comme il se promenait sur le toit de la maison royale, il aperçut de là une femme qui se baignait, et qui était très belle de figure. " (2Sam 11: 2) Mais était-ce bien un hasard ? S'il était nuit (disons claire de lune) et pourtant David a pu voir assez distinctement Bath-Schéba pour se mettre en appétit, la distance ne pouvait être grande. Cette maison devait être assez près, afin que David puisse voir « quelque chose ». On peut spéculer que les promenades nocturnes de David étaient choses connues de Bath-Schéba et qu'elle a pu s'arranger pour prendre un bain sur le toit, pas tout à fait innocent, pour attirer l'attention du roi à l'heure appropriée. Si on présume l'innocence de Bath-Schéba dans cette affaire, il faut tout de même se demander pourquoi a-t-elle pris un bain sur le toit, un endroit où, personne d'autre, sauf le roi, n'était dans une position pour tout voir ? Est-ce encore un hasard?

Mais si on clame l'innocence de Bath-Schéba, il faut noter aussi que lorsque David l'invite chez lui, rien dans le texte n'indique la moindre hésitation de sa part. Aucun refus, aucune offuscation, ni protestations scandalisés. RIEN. David n'a pas à répéter son offre ni à insister. Il semble que tous les projets de Bath-Schéba aboutissent. Tout allait comme prévu.

Pour se donner un point de repère voyons le comportement d'une autre femme dans les Écritures qui s'est retrouvé prise dans une situation comparable à certains égards. Il s'agit de l'affaire d'Amnon et Tamar (2Sam 13). Lorsqu'Amnon fit ses avances à Tamar, celle-ci refuse et lui fait un long discours sur les conséquences de son action. Amnon rejette son raisonnement et viol Tamar malgré ses protestations. Lorsque Tamar est ensuite renvoyé de la maison d'Amnon, Tamar n'a pas du tout le comportement d'une femme satisfaite. On indique plutôt à son sujet Tamar répandit de la cendre sur sa tête, et déchira sa tunique bigarrée; elle mit la main sur sa tête, et s'en alla en poussant des cris. (2Sam 12: 19) Il faut noter encore que l'on ne voit aucun indice dans les Écritures que Bath-Schéba ait réagi de la sorte suite aux avances de David. Et ce silence en dit long... Les Écritures nous laissent un autre indice sur cette affaire, bien après la mort de David. Dans le livre des 1Rois (15: 5) on nous fait le commentaire suivant: "Car David avait fait ce qui est droit aux yeux de l'Éternel, et il ne s'était détourné d'aucun de ses commandements pendant toute sa vie, excepté dans l'affaire d'Urie, le Héthien." Cela laisse entendre que la culpabilité de David n'était qu'envers Urie. Et si David n'était pas coupable à l'égard de Bath-Schéba cela implique... Je vous laisse réfléchir sur la question... Mais, mes dames, il faut également réfléchir à ceci: la beauté dont vous jouissez, un jour vous aurez des comptes à rendre devant Dieu de l'usage que vous en aurez fait. Y avez-vous déjà pensé??


Le jugement
Mais il y a autre chose. Plus tard, lorsque le jugement vient sur David (bien sûr il avait sa part de blâme dans cette affaire, en particulier pour le meurtre d'Urie) il est encore significatif de noter que le jugement frappe aussi Bath-Schéba, car ce ne peut être un hasard que ce soit son enfant qui meure. Si les hommes sont injustes, Dieu ne l'est pas. Dieu ne fait rien au hasard. Étant donné tous ces faits, il semble inévitable qu'il faille admettre le rôle important joué par Bath-Schéba dans cet épisode. Un autre détail du récit est ce verset "L'Éternel frappa l'enfant que la femme d'Urie avait enfanté à David, et il fut dangereusement malade." (2 Sam 12: 15) Il est un peu étrange que le récit biblique utilise cette expression «la femme d'Urie» puisqu'Urie est mort et que l'on sait déjà le nom de cette femme, c'est-à-dire Bath-Schéba. Évidemment cela peut servir à souligner la culpabilité de David, qui a pris la femme d'un autre, mais cela atteint d'abord Bath-Schéba elle-même et souligne l'engagement de son mariage qu'elle a violé. En quelque sorte, cela biffe son identité pour souligner sa responsabilité dans cette affaire.

Dans notre génération par contre, il est presque impossible de remettre en question de manière sérieuse le comportement ou les attitudes des femmes. Le préjugé veut bien que dans leurs rapports avec les hommes, elles sont toujours victimes et que les hommes sont toujours agresseurs, coupables. Pour un homme, un très grand tabou se dresse contre toute remise en question, critique du comportement ou des attitudes des femmes. L'agressivité féminine est souvent voilée sous des égards altruistes, manipulatrices, inavouées, hypocrites. Bien que les Écritures comportent des versets louant la femme vertueuse, elles comportent également des versets très durs à l'égard de la femme superficielle, la femme pécheresse. (Prov 14:1; Prov. 25:12; Actes 5: 7-10). N'oublions pas non plus que lorsque Abraham pria Dieu de ne pas détruire les villes de la plaine (Ge 18) dont Sodome et Gomorrhe, moins de 10 personnes justes qui y vivaient. Cela signifie inévitablement que les femmes étaient toutes aussi maléfiques que les hommes. Si ce n'est pas vrai de nous, Dieu est juste dans ses jugements.

Il est extrêmement payant à notre époque d'avoir le statut de victime, car on ne peut faire de reproches à une victime tandis que les victimes, elles, peuvent toujours faire des reproches aux autres, les remettre en question, réclamer leurs droits, réclamer qu'on les dédommage. Lorsqu'il est question de leurs attitudes ou comportement à l'égard des hommes, dans notre génération bien des femmes postmodernes éduquées ont une capacité d'auto-remise en question quasi nulle. Le reflexe automatique est de changer le sujet au plus vite: « Oui, mais les hommes... » ou encore « Oui, mais lui... ». Fin de la discussion.

Bien courageux le pasteur évangélique qui osera traiter de cet aspect de l'affaire Bath-Schéba. S'il est marié, il court de forts risques d'être lui-même l'objet d'un sermon, une fois revenu à la maison... Les femmes ont toujours des moyens pour faire payer l'homme ose les remettre en question.

Dans le monde évangélique de notre génération, il y a beaucoup de Bath-shébas qui pensent qu'elles ont le droit d'être heureuses, avoir de l'attention, etc, etc, etc... Mais c'est un mensonge de l'Ennemi tout autant que le gars marié qui croit qu'il a le droit d'avoir du sexe avec son épouse quand et comme ça lui plaît. Dans les deux cas, ce sont bien sûr des besoins très profonds chez l'un aussi bien que l'autre. Mais dans aucun cas n'existe-t-il un droit de voir ces besoins comblés... Il nous est bien difficile de comprendre que tout est grâce... ABSOLUEMENT tout... Et bien des femmes se mentent à elles-mêmes lorsqu'elles entretiennent des fantasmes d'une relation illégitime avec un homme (comme dans tant de téléromans...). «Mais c'est juste un ami!» Ouais, on sait... Mais trop souvent elle se retrouve assez vite au lit avec l'ami...

Puisque les divorces en milieu évangélique sont très largement dus à l'initiative de la femme (au Québec certainement), il y a lieu de penser que cela résulte de cette attitude chez les femmes qu'elles ont le droit d'être heureuses, avoir de l'attention, etc... Et lorsque ce droit n'est pas rencontré et que les attentes ne sont pas comblées, elles vont chercher ailleurs. Cela fait un contraste marqué avec l'attitude noté par Alexis de Tocqueville en Amérique au XIXe siècle dans son essai De la démocratie en Amérique (1835):

C'est un fait bien établi la majorité des divorces en milieu évangélique sont initiés par les femmes! Faut-il s'étonner ? Pour discuter franchement, ce silence dans nos milieux évangéliques sur les péchés de la femme est irresponsable. Dans les Écritures, lorsqu'une femme s'éloigne des voies de Dieu, d'une manière ou d'une autre, on la remet en question. On souligne sa faute et l'on en parle, car elle aussi est une être responsable devant Dieu. Le sang de Christ a été versé pour elle aussi. Elle aussi est un agent actif. Elle n'est pas, et n'a jamais été, qu'un être passif, un objet. Il suffit de penser à Éve, aux files de Lot (Gen 19: 31-36), la femme de Potiphar (Gen 39), Marie soeur de Moïse (Nombre 12: 1-15), Jézabel (1Rois 19-21), les femmes insouciantes (Ésaie 32:9), la femme adultère (Prov. 7: 10-22; 30: 20), la femme stupide (Prov 11:22), Saphira (Actes 5), femme Jézabel, qui se dit prophétesse (Apoc. 2: 20-23). Et que dit Salomon, justement le fils de Bath-Schéba ?

Dans leurs relations avec les hommes, les femmes s'imaginent, soit comme l'objet digne de toute l'attention (voir d'adoration) d'une homme ou, à l'inverse, comme la victime pitoyable et bafouée de l'agresseur perpétuel... ce mâle imbécile et maudit. Mais on oublie trop souvent que la femme peut jouer, dans la pièce de théâtre de la vie, un autre rôle, celle qui est libre de ses initiatives (et qui en porte la responsabilité), mais trop souvent elle se détourne du miroir, car ce miroir lui renvoie un visage qu'elle ne veut regarder, un visage qui dérange. Elle ne supporte pas le reflet de ce miroir guère plus d'un instant avant de s'en détourner. Mais dans les Écritures, lorsque les paroles de remise en question ne suffisent plus, et qu'aucune repentance ne se manifeste dans le coeur d'une femme orgueilleuse, parfois le jugement tombe, et dans le cas de Jézabel (2Rois 9: 22-36) et de Saphira (Actes 5:1-9), il est sans pitié. Le mal ne doit pas se répandre davantage. Aujourd'hui, il faut dire que l'on rencontre parfois de ces dames qui manifestent à la fois l'attitude et le comportement de la prostituée dans l'exploitation de leur sexualité, mais qui insistent qu'on les aborde avec les égards dus une femme honorable et vertueuse. Au jour du Jugement, ces hypocrites auront des comptes à rendre... Dans Jérémie, on voit bien que Dieu juge également les femmes pour leur péché:

Le silence que l'on retrouve à ce sujet dans beaucoup d'églises évangéliques de cette génération relève d'un manque de courage crasse de briser ce tabou postmoderne et remettre en question le présupposé largement répandu que, dans les rapports hommes-femmes, les femmes sont toujours victimes et les hommes sont toujours l'agresseur (=coupable). Cela donne presque l'impression qu'on a accepté la doctrine catholique de l'immaculée conception (de Marie) ! Il faut le dire clairement que, même c'est une perspective admises (généralement de manière implicite) par plusieurs dirigeants évangéliques de notre génération (et même des gens qui font du counseling), cela fait partie de la pensée mondaine de notre époque. Cette attitude n'est pas appuyée par la Parole. Le message subliminal qu'on nous envoie s'approche d'une affirmation que les Écritures rejettent clairement: Que les femmes sont sans péché (du moins dans leurs rapports avec les hommes) et n'ont pas vraiment besoin d'être sauvées et surtout se voir l'objet de discipline. À la fin, seules des hommes seraient déchus et pécheurs, pas les femmes. Cela évite les tensions avec l'esprit du siècle. On est sûr de faire plaisir aux femmes (et ainsi éviter des sermons une fois à la maison...), mais est-ce qu'on rend justice aux Écritures ? N'est-ce pas faire acception de personnes (Rom 2:11) ?