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Bernard-Henri Lévy et la Barbarie à visage humain.

Quelques réactions...



Barbarie à visage humain par Bernard-Henri Lévy

Paul Gosselin (25/1/2026)

Même si en 1977 le Nazisme était mort, monsieur Lévy avait une intuition juste que la tentation totalitaire reste bien vivante en Occident. Mais bon, BHL préfère le terme “ barbarie ” à l'expression “ tentation totalitaire ”. Cela suppose une forme de totalitarisme moins brutale et moins violente, mais possiblement plus marketing, plus manipulative et plus oppressive encore... Notons aussi qu'en 1977, la chute du régime soviétique avait toute l'allure d'un mirage, un rêve vain. Ce régime avait déjà traversé deux guerres mondiales et une crise économique. Si circulaient quelques rumeurs au sujet des faiblesses et perturbations du régime, rien ne permettait prévoir sa chute prochaine. Dès les premières lignes de Barbarie à visage humain, BHL observe (1977 : 9)

N'est-ce pas que dans cette Barbarie à visage humain que décrit BHL en 2026 on retrouve la conjonction d'une élite progressiste assoiffée d'un pouvoir total, couché au lit avec un nihilisme moral[1] ? Est-ce que BHL pourrait concevoir que tant le nazisme que le communisme soient tous les deux des enfants légitimes du système de croyances des Lumières ? [2] Mais bon, pour l'intellectuel francophone bien éduqué, en général la question est impensable[3]...

Dans la première partie de Barbarie, BHL met les points sur les is. Il fait le constat que les utopies matérialistes, tant nazies que communistes, sont bien mortes (1977 : 54)

Eh oui, les promesses de Paradis matérialistes des systèmes idéologico-religieux issus des Lumières ont été enterrées par l'Holocauste, l'Holodomor, le Goulag et le Laogai. Le titre de la 3e partie de Barbarie (Crépuscule du Socialisme) tape sur ce cloue... Poussant plus loin sa pensée, BHL étonne en allant laisser entendre que le marxisme est une religion[4]. BHL renchérit et insiste qu'en Occident la pulsion totalitaire n'est pas morte, mais cherche à se métamorphoser (1977 : 143-144)

Chose curieuse, il y a 2 300 ans, dans son livre Politique Aristote a finement disséqué les mécanismes de défense du pouvoir totalitaire. Discutant des stratégies du tyran pour maintenir son pouvoir, Aristote observa (Livre VIII: chap. IX)

Combien sauraient admettre que ces mêmes stratégies ont été exploitées à fond par les pions de Davos au pouvoir partout en Occident lors de la crise du Covid ? Si depuis Aristote les temps ont changé, il faut noter que les néototalitaires du 21e siècle ont accès à des moyens de surveillance qui auraient fait rêver Hitler ou Staline. Aujourd'hui plusieurs dirigeants en Occident admirent ouvertement le système de crédits sociaux établi en Chine communiste. Et, avec les pressions pour imposer sur tous une identité digitale, on se retrouverait avec des élites ayant une information détaillée et un pouvoir absolu sur nos déplacements ainsi que toute activité économique.


Fatalité du pouvoir

Ailleurs, BHL réfléchit sur la question du pouvoir politique et de sa fatalité (son oppression inévitable, peu importe le régime). Il observe (1977 : 29) :

Peu de gens remarquent les répercussions politiques[5] qu'entraîne le projet des Lumières et son rejet du Dieu judéo-chrétien et des absolus moraux qui en découlent. Évidemment les penseurs majeurs des Lumières, ayant conscience des enjeux marketing, ont choisi de largement récupérer la moralité judéo-chrétienne (liberté, égalité, fraternité, bla, bla, bla...), mais sans reconnaître leur dette... Le marquis de Sade a brièvement levé le voile sur le vide moral des Lumières, mais on l'a fait taire. Sachez cacher se bavard trop cohérent... Comme on le sait, la récupération de la moralité judéo-chrétienne par les Lumières a attiré le mépris de Nietzsche, qui pour sa part, a bien compris l'incohérence et le ridicule de la tentative des philosophes d'ériger une moralité sans sanction surnaturelle, qui n'a pas sa source chez un Législateur divin. Dans son Crépuscule des idoles, Nietzsche observa (1899/1970: 78-79)

Depuis, les postmodernes ont accepté le verdict de Nietzsche et ils ont réhabilité Sade. Ils ont d'ailleurs poussé plus loin en faisant table rase au moyen d'une chasse aux sorcières à tout vestige d'influence judéo-chrétienne en Occident et ont annoncé avec grande pompe : La mort des grands métarécits[6]. Peu considèrent que lorsque la maxime “ chacun a sa propre vérité ” devient un axiome de la civilisation, cela supprime tout obstacle à l'égoïsme, à la manipulation, à la cupidité, à la folie, à la méchanceté sanguinaire et à toutes les perversions sexuelles dont la nature humaine est capable. Peu considèrent aussi que, sur le plan politique, cela conduit tôt ou tard à “ Hitler a sa propre vérité ” et “ Staline a sa propre vérité ”... Une fois que cela devient un dogme et s'enracine, alors face aux abus de pouvoir et à la violation des droits des citoyens par l'État postmoderne, un État qui prétend représenter le “ bien commun ”[7], le résultat est que l'individu postmoderne n'a plus recours à une morale supérieure à l'État. Il n'y a plus d'autorité morale reconnue au-dessus de l'État. Le problème crucial ici est que désormais l'individu n'a plus aucun levier ou outil pour critiquer l'État ou lui demander des comptes. Il est donc totalement à sa merci. C'est dans cette réalité idéologico-religieuse que naît le cul-de-sac de la fatalité du pouvoir auquel fait allusion BHL.

Le citoyen postmoderne ne peut offrir de véritable critique des abus de pouvoir par l'État, par exemple affirmer que tel ou tel comportement viole une loi morale universelle. Le citoyen postmoderne se voit réduit à l'expression d'une émotivité brute et, en dernière instance, à celui qui gueule le plus fort, aidé (ou non) des grands médias, du système d'éducation et favorisé par les algorithmes des réseaux sociaux et de Google... Le mieux qu'il peut faire est de dire : “ Je n'aime pas vos abus ! ”, ce à quoi l'État pourrait bien répliquer (plus ou moins subtilement) : “ Mais on s'en fout ! ”. C'est ce qui explique la logique de la fatalité du pouvoir auquel fait allusion BHL. Et de plus en plus d'éléments tendent à prouver qu'au XXIe siècle, les élites postmodernes considèrent les droits de l'individu et sa vie privée comme des concepts entièrement contingents et jetables. Je dirais même plus, nous voyons de nos yeux la réalisation de la prophétie de Alduous Huxley dans son Retour au meilleur des mondes publié en 1958. (1958/1990 : 144):

Ceci dit, nos élites postmodernes se calquent sur le modèle de gestion politique décrite par Huxley, où dirige une élite oppressive, mais discourant librement du bien commun, question d'assurer la servilité agréable des masses... Il est devenu manifeste que les élites postmodernes au pouvoir partout en Occident se calquent sur le modèle de l'Übermensch[8] nietzschéen. Dans Par-delà le bien et le mal, Nietzsche a exprimé ouvertement (et brutalement) le mépris absolu avec lequel une élite nietzschéenne considère les masses. (1886 : section 61)

Pour sortir de cette fatalité du pouvoir, il est utile de prendre du recul.


Caractéristiques et retombés du totalitarisme

L'érudit britannique C. S. Lewis, spécialiste de la littérature du Moyen âge qui a pris part aux combats de la Première Guerre mondiale, a proposé ce contraste intéressant entre les formes de tyrannie du monde ancien et le totalitarisme moderne (2002 : 292) :

Eh oui, même dans ses pensées intimes, le sujet d'un régime totalitaire n'a pas de droits... Pour sa part, BHL fait écho à cette analyse et observe (1977 : 169)

En effet, le sujet[9] d'un régime totalitaire n'a surtout pas droit à sa vie privée, même dans ses pensées. On est en plein 1984, tel que décrit dans le roman dystopique de George Orwell et la Police de la pensée qu'il y a décrite. En Angleterre on a mis en arrestation des citoyens britanniques pour avoir fait des prières silencieuses devant une clinique d'avortement et d'autres ont été arrêtés dans leur domicile pour un tweet perçu comme critiquant les politiques d'immigration[10]. Et cette situation n'est pas sans rappeler une prémonition du vieux journaliste (et ex-communiste) Malcolm Muggeridge[11] (1978 : 202)

Les chrétiens des siècles passés se sont penchés sur le rapport de l'individu au pouvoir et/ou l'État. Pour les Huguenots en France aux 16e et 17e siècles, la question du rapport au pouvoir se posait brutalement. Pendant presque 250 ans, aux mains de rois catholiques ces huguenots ont connu tortures, viols, massacres[12], pillages de leurs biens, dragonnades, condamnations aux galères, emprisonnement et l'exil, choses qui font toujours partie du quotidien des chrétiens sous l'Islam... C'est dans ce contexte que fut rédigé un document du 16e siècle intitulé Revendications contre les tyrans (1579) par un auteur Huguenot (publié sous le pseudonyme Stephanus Junius Brutus). La question du rapport du chrétien à l'État est au coeur de cet ouvrage.

Plusieurs ont pensé que l'auteur véritable des Revendications était le Huguenot Philippe Duplessis-Mornay[13], mais bon, il tous ne s'entendent pas sur la question. Enfin, pour l'époque de Mornay était un érudit remarquable. L'auteur des Revendications admet d'emblée la remise en question des autorités politiques, et admet même la déposition d'un tyran. Si Brutus est d'avis que la déposition d'une autorité abusant de ses pouvoirs ou trahissant ses engagements à l'égard du peuple, est chose légitime, mais précise que cela ne doit pas être l'initiative du peuple, seulement d'autorités subalternes (au 16e s., cela veut dire ducs et la noblesse). Si Brutus fait remarquer que le roi peut-être non seulement critiqué et remis en question, mais renversé s'il ne respecte pas les conventions féodales encadrant les devoirs du roi, il considère également que le non-respect de la loi de Dieu peut justifier le renversement du roi.

Voici un extrait des Revendications (avec orthographe et les structures de phrases d'origine) où l'auteur fait quelques observations sur le Roi (ou dirigeant politique) qui croit qu'il peut manipuler comme il le veut, la Loi de son pays... (Brutus 1579/2022 : 63)

Et ces “flatteurs de Cour” auxquels fait allusion Brutus font penser aux grands médias du monde francophone actuel... D'autre part Brutus signale que si le rapport à l'État implique la soumission du chrétien aux dirigeants, il implique d'abord la soumission à la loi de Dieu. De ce fait, pour le chrétien la soumission au Pouvoir (humain) est toujours conditionnelle... (1579/2022 : 15)

Pour sa part, BHL est manifestement familier avec les questions soulevées par Brutus. À la fin de la 4e partie, il note (1977 : 165)

Notons que la perspective de Brutus s'enracine dans une longue tradition de prophètes de l'Ancien Testament rappelant aux rois leur devoir d'être soumis à la loi divine. Par exemple, dans le livre du prophète Daniel, on voit plusieurs cas qui constituent les archétypes de ce qu'on appelle maintenant la désobéissance civile. Parmi ceux-ci, il y a le cas de Shadrac, Meschac, Abednego qui désobéissant à un ordre royal puisqu'en contradiction avec la loi de Dieu (Daniel chap. 3). Un autre cas est le récit de Daniel dans la fosse aux lions (Daniel chap. 6), qui refuse d'obéir à un décret royal en contradiction avec la loi de Dieu. Un des cas les plus frappants est l'interaction entre Daniel et le roi babylonien, Nebucadnetsar, à qui Daniel somme de se repentir de ses péchés et ce même roi, suite à un jugement de Dieu, confesse lui-même sa repentance et sa soumission à la loi de Dieu. Cet épisode se retrouve au chapitre 4 du livre de Daniel. Et au Nouveau Testament on retrouve quelques rappels du fait que les autorités représentant l'État doivent répondre à une loi divine au-dessus de tout pouvoir politique, c'est-à-dire répondre à Dieu de leurs gestes. Le plus bref fait partie de la passion de Christ. Jésus arrêté et convoqué devant l'autorité romaine, ignore les questions du gouverneur Ponce Pilate (Jean 19 : 9-11). Pilate lui rappel qu'il a intérêt de répondre, car il a droit de vie et de mort sur lui. Jésus réplique sèchement que Pilate aura lui-même des comptes à rendre un jour de ses gestes, car “ Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait été donné d'en haut. ” Ces avertissements que le pouvoir politique doit soumission à la loi divine, sont un rappel que le pouvoir politique est LIMIITÉ, jamais absolu, jamais au-dessus de toute critique, concept qui est exprimé succinctement par Christ : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. (Matt. 22 : 21) Mais bon, peu ont eu le courage de jouer ce rôle prophétique, rappelant aux dirigeants qu'ils ont des comptes à rendre. À la fin, prophète, c'est un métier à haut niveau de risque... Le concept de séparation des pouvoirs idéologico-religieux et politiques est un concept chrétien. L'Islam rejette un tel concept. L'anthropologue britannique Raymond Firth fit un commentaire fort instructif touchant la relation État-Religion dans le contexte de l'Islam (1981: 589):

Cette fusion des pouvoirs sous l'Islam découle du fait que lors de l'Hégire (la fuite de Mahomet à Médine) en peu de temps, Mahomet s'est accaparé à la fois du pouvoir religieux, politique, militaire et juridique. Il ne peut donc être question de séparation des pouvoirs religieux et politiques sous l'Islam. De ce fait, il ne peut être question non plus de liberté d'expression politique sous l'Islam, car à la fin, une critique du pouvoir politique est immédiatement critique de l'Islam... Il en est de même sous tout régime totalitaire... Il en sera nécessairement de même sous tout régime postmoderne ou progressiste.

Le philosophe de la science Karl Popper a longuement réfléchi au totalitarisme dans son La société ouverte et ses ennemis et fit les observations suivantes touchant la contribution du christianisme à l'héritage culturel et politque de l'Occident (1945/1979, v.2: 180-181) :

Chose curieuse, dans son Par-delà bien et mal Friedrich Nietzsche fait écho à Popper et offre cette observation au sujet des répercussions politiques du christianisme APRÈS la Réforme (1886/2000:160):

Pendant un bref moment, BHL aussi semble faire écho à Popper en larguant cette phrase (1977 : 83) “ Oui, les premiers chrétiens furent d'authentiques révoltés pour autant qu'ils firent un moment l'épreuve, consciente et acharnée, de la radicale impossibilité du moi. ” Mais chez les chrétiens cette indépendance du pouvoir de l'État dura peu de temps, car dès la légalisation du Christianisme sous l'empereur Constantin Ier (Édit de MIlan en 313 ap. J-C), l'Église, cherchant les honneurs, les revenus, propriétés et privilèges se prostitua avec le pouvoir politique. Ainsi le pouvoir religieux sera souvent assujetti au pouvoir politique, sinon par moments tentant de rivaliser ou d'assujettir le pouvoir politique. Cette situation durera tout le long du Moyen Âge. La Réforme débutera un lent processus de coupure et de séparation réelle des pouvoirs politiques et religieux.

Mai c'est surtout le mouvement anabaptiste (refusant le baptême de petites enfants) qui a contribuera rétablir cette séparation des pouvoirs politiques et religieux en Occident, en résistant à ce qu'ils considéraient le pouvoir illégitime de l'État, c'est-à-dire en refusant à l'État le pouvoir de dicter la conscience religieuse de l'individu. Il faut préciser qu'à l'époque de la Réforme en Europe presque toutes les nations avaient une religion nationale, sanctionnée par l'État, soit catholique ou protestante. Et les droits des citoyens étaient généralement rattachés à l'appartenance à la religion sanctionnée par l'État. Tout individu ne pratiquant pas la religion nationale faisait face à la marginalisation, voire des accusations criminelles. Ainsi les anabaptistes ont été persécutés autant par les catholiques que des protestants... Certains ont été brûlés vifs, d'autres noyés. Dans le meilleur des cas, ils devenaient citoyens de seconde classe. Il y a d'ailleurs lieu de penser que ce n'est qu'après que les anabaptistes aient gagné la liberté de pratique religieuse que la liberté politique et les partis politiques, devirent chose possible. Plus tard, les dévots des Lumières ont emprunté la liberté de conscience et d'expression au christianisme.

Notons que la pensée des Lumières ne supporte pas très bien ce concept de séparation des pouvoirs (politiques et religieux). Il en résulte que les régimes totalitaires du 20e siècle, le nazisme et le communisme sont bien des enfants légitimes des Lumières. Et la laïcité ? Eh bien ce concept n'est qu'une version hypocrite du concept chrétien de la séparation des pouvoirs. Dans les faits la laïcité n'est en aucun cas neutre sur le plan idéologique, car par défaut, exclut le christianisme et érige la pensée des Lumières, sinon, le postmodernisme comme religion d'État[15].

Mais comment passe-t-on d'un régime démocratique à un régime totalitaire ? L'historien allemand K. D. Bracher a exposé les premiers pas d'un régime totalitaire. Un des premiers symptômes dans le cas du nazisme fut la transformation du système juridique en arme politique du parti au pouvoir (1969/1995: 484):


Conclusion

Touchant l'expression de BHL, barbarie à visage humain, je préfère l'expression néototalitarisme, car si le totalitarisme du 20e siècle fut, en général, ouvertement brutal et oppressif, le néototalitarisme du 21e siècle est moins violent, mais bien plus marketing, hypocrite, manipulatrice et doté de technologies de surveillance électronique qui auraient fait rêver Goebbels ou Stalline. Ceci dit, si le néototalitarisme du 21e siècle exploite à fond la manipulation comme moyen de pression, il faut comprendre que son cadre éthique n'exclut en aucun cas l'appel à la violence lorsqu'il est manifeste que la manipulation n'est plus efficace. Si les régimes totalitaires du 20e siècle, à l'imitation des crédos chrétiens, avaient des programmes explicites et publics, tels que le Mein Kampf des nazis ou Le manifeste du parti communiste des marxistes, le néototalitarisme préfère garder ses principes, dogmes et projets loin du regard indiscret. En effet, le néototalitarisme 21e siècle est beaucoup plus hypocrite que les systèmes totalitaires du 20e siècle. Mais sur le plan politique, si le totalitarisme du 20e siècle était nationaliste (cédant parfois à la tentation de s'ériger un empire) le néototalitarisme du 21e siècle ne se contente pas de si peu de choses, car ce n'est rien de moins qu'un pouvoir planétaire[16] qui peut le satisfaire... le fameux Nouvel Ordre Mondial.

Alexsandr SoljenitsyneMais revenons à la question de la violence. Soljenitsyne propose une citation pertinente touchant le contexte nourrisant la violence (le commentaire en parenthèses carrés [] est de moi) (Soljenitsyne Martin, André [1973] : 115 )

Mais les élites postmodernes (classe dirigeante actuelle) ont appris des leçons importantes des événements du 20e siècle. Il est utile de dresser un contraste entre régimes totalitaires coercitifs et régimes totalitaires manipulatives. Le 20e siècle a mis à l'avant-plan des régimes totalitaires coercitifs, notamment le communisme sous Staline et le nazisme sous Hitler. Et si nous voyons encore un vestige de ce type de régimes totalitaires coercitifs avec le régime communiste en Chine, il y a lieu de penser que le 21e siècle est désormais massivement sous le pouvoir de régimes totalitaires manipulateurs.

Au 20e siècle, les idéologies modernes, le nazisme et le communisme ont exploité à fond des moyens brutaux et coercitifs pour imposer leur système de croyances et pour faire fléchir l'opposition. Les élites postmodernes en Occident ont tiré une leçon importante de cette expérience. Ils ont constaté que les méthodes brutales et coercitives jettent les cartes sur table et vous attirent des ennemis déterminés. La situation devient alors trop claire pour toutes les parties concernées. Celui qui utilise la violence est alors identifié comme adversaire ou ennemi. Ainsi nos élites postmodernes ont mis de côté la violence ouverte et s'appuient avant tout sur les mesures administratives anonymes et la manipulation de la pensée (médias et système d'éducation). Ils sont bien plus subtils, plus marketing que les nazis ne l'ont jamais été. Si un jour nos élites postmodernes déterminent qu'ils sont près des buts sociaux ou politiques qu'ils se sont fixé alors là les masques risquent de tomber et on fera alors appel à la force sans le moindre remords de conscience... Les opposants l'auront mérité après tout...

Par ailleurs je pense qu'il faut faire un contraste additionnel entre régimes totalitaires coercitifs et dictatures manipulatrices. Dans les régimes totalitaires coercitifs du 20e siècle presque TOUT le pouvoir est concentré dans l'État. Dans le cas des régimes totalitaires manipulatrices postmodernes, on brouille les cartes et ce n'est plus le cas. Désormais le pouvoir n'est plus centralisé, mais diffusé dans plusieurs grandes institutions, qui pour le moment se contentent de faire de la collection massive de données personnelles et surveiller les masses et (lorsque l'occasion se présente) pousser discrètement les opinions dans une certaine direction... À ce titre on peut penser à Google/Android, Amazon, FaceBook, Twitter, etc.

Ceci dit il est utile de porter attention à l'avertissement solennel de BHL au sujet d'une métamorphose possible du barbarisme/néototalitarisme (1977 : 185)

Eh oui, au 21e siècle, cette métamorphose pourrait combiner de manière absolue le pouvoir politique, économique, culturel et idéologico-religieux. À la fin, George Orwell (1984) et Aldous Huxley (Brave New World) n'étaient pas assez cyniques... À mon avis, BHL nous fournit quelques indices de ce que pourra être la barbarie à visage humain que l'on a de bonnes chances de rencontrer au 21e siècle (Lévy 1977 : 162)

Ainsi l'État totalitaire n'est pas un État séculier ou laïc comme on le croit. Ces expressions ne sont que des pièges à cons comme on le dit... Je me demande ce que pourait penser BHL de la thèse de la repaganisation de l'Occident par le Juif messianique Jonathan Cahn ?


BHL


Références

ANONYME (1940) German Martyrs. Time magazine 23 déc., vol. 36 no. 26 pp. 38-41

ARISTOTE (4e s. avant J-C) Politique. (Traduction de Jules Barthélemy-Saint-Hilaire sur le site remacle.org)

BRACHER, Karl Dietrich (1969/1995) Hitler et la dictature allemande. Éditions Complexe [Paris] 681 p.

BRUTUS, Stephanus Junius (1579/2022) Revendications contre les tyrans. [De la puissance légitime du prince sur le peuple et du peuple sur le prince] (PDF 5Mb) texte polémique huguenot rédigé sous pseudonyme. (Samizdat)

FIRTH, Raymond (1981) Spiritual Aroma: Religion and Politics pp. 582-601 in American Anthropologist Vol.83 no.3 Sept. 1981

GOSSELIN, Paul (2009) Éthique et culture religieuse: la nouvelle religion d'État au Québec. (Samizdat – 17/11/2009)

GOSSELIN, Paul (2020) Le chrétien et l'État :Pertes de libertés en 2020 et Romains 13. (Samizdat – 1/12/2020)

GOSSELIN, Paul (2025) Le retour des dieux par Jonathan Cahn. (Samizdat - 29/12/2025)

GRASSÉ, Pierre-Paul (1980) L'Homme en accusation: De la biologie à la politique. Albin Michel Paris 354 p.

HUXLEY, Aldous (1958/1990) Retour au meilleur des mondes. Plon [Paris] 155 p.

KNOWLES, Michael (2026) World Economic Forum Speaker Says, 'AI Will Take Over Religion': Yuval Noah Harari is really saying AI is going to conquer God. (DailyWire - 21/1/2025)

LEVY, Bernard-Henri (1977) La barbarie à visage humain. Grasset Paris (coll. Figures) 236 p.

LEWIS, C. S. (2002) God in the Dock. (Walter Hooper ed.). Eerdmans Grand Rapids MI 347 p.

SOLJENITSYNE, Alexandre - Discours jamais prononcé - pour le Prix Nobel - tiré de Martin, André [1973] Soljénitsyne, le croyant: Lettres, discours, témoignages. Éditions Albatros Paris 205 p.

MUGGERIDGE, Malcom (19781979) Things Past : An Anthology. (Ian Hunter, ed.) William Morrow Co, New York 252 p.

NIETZSCHE, Friedrich (1886/2000) Par-delà bien et mal. (traduction Patrick Wotling). GF Flammarion Paris 385 p.

NIETZSCHE, Friedrich (1899/1970) Crépuscule des idoles; suivi de Le cas Wagner. (trad. d'Henri et, al. Médiations ; 68) Denoël Gonthier Paris 190 p.

POPPER, Karl R. (1945/1979) La société ouverte et ses ennemis. v.2 Seuil Paris 254 p.

STEINER, George (2001) Grammaires de la création. Gallimard [Paris] (collection NRF-essais) 430 p.

STRAUS, Leo. 1983. De La Tyrannie. (traduction : Hélène Kern) Paris Gallimard.

 


Notes

[1] - Et couché au lit avec des islamistes prêts pour un djihad sanguinaire. Et si les élites néototalitaires progressistes font actuellement alliance avec les islamistes, c'est que tous deux sont ennemis de tout vestige d'influence judéo-chrétienne en Occident... Mais bon, les musulmans en Occident doivent considérer que lorsqu'ils auront servi la fonction que leur ont assignée les progressistes, ceux-ci risquent un jour de les trahir et les larguer cruellement...

[2] - C'est une question qu'un autre juif séculier a abordé. Dans son essai Grammaires de la création (2001: 12-13), le critique littéraire britannique George Steiner a réfléchi sur les horreurs politiques et militaires du XXe siècle. Les massacres mécanisés de la Première Guerre mondiale et les exterminations industrielles de la Seconde. Et par la suite il y eut le Goulag et le Laogai des régimes communistes. Évidemment, la guerre, la pestilence et la famine ne sont pas des phénomènes uniques au XXe siècle. Mais Steiner note que la désintégration du visage humain de ce siècle comporte un certain mystère. Cette désintégration de l'humanité n'est pas le résultat d'invasions barbares ou d'une menace extérieure. Si Steiner ne fait pas de lien explicite entre le nazisme, le fascisme et le stalinisme vers les Lumières, il avoue ceux-ci ont tous émergé du contexte social et administratif des hauts lieux intellectuels occidentaux. Steiner note aussi qu'il faut constater que l'éducation, en soi, s'est montrée incapable de rendre la sensibilité et la raison résistante à la logique de la haine. Mais il est plus consternant encore de constater qu'une culture aussi raffinée que celle de l'Allemagne au début du 20e siècle sur le plan artistique, scientifique et intellectuel ait accouché et collaboré si facilement et si activement à la cruauté et au sadisme de l'État nazi. À ce sujet, le biologiste français P.-P. Grassé remarquait (1980: 44):

Après le triomphe du national-socialisme, la science allemande apporta massivement sa caution inconditionnelle au Führer. Anthropologistes, généticiens, économistes, légistes, avec zèle, se mirent au service de leur nouveau maître. [il ajoute, en note en bas de page [2] – PG]: L'appui des intellectuels allemands à leur Führer fut massif. Lors du référendum de 1933, les déclarations de professeurs appartenant à des universités (non à toutes) furent réunies en un volume. Parmi les auteurs de ces textes, on relève le nom du célèbre philosophe Martin Heidegger, ce qui est à la fois surprenant étant donné l'idéalisme qui imprègne son œuvre et révélateur de l'état d'esprit qui donna la victoire à Hitler.

[3] - Mais BHL étonne par moments et propose une critique sérieuse d'un concept clé des Lumières (1977 : 155)

Il n'y a pas de sens par conséquent à “ critiquer ” l'idée de progrès. Il n'y a pas de sens non plus a_ dénoncer ses “ illusions ”. Il n'y en a toujours pas à lui opposer d'autres machines et d'autres procès réels. Il faut croire au progrès, croire à son infinie puissance et lui faire tout le crédit qu'il demande; mais il faut simplement le dénoncer comme une machine réactionnaire qui mène le monde à la catastrophe. Il faut dire ce qu'il dit, voir le monde comme il le voit, constater partout où il règne la marque de sa dévastation; et c'est pour cela justement qu'il faut le décrier, c'est en ce sens-là seulement qu'il faut l'analyser, comme uniforme et linéaire progression vers le Mal. Non, le monde n'erre ni ne se perd dans le méandre du possible, il va tout droit vers l'uniforme, l'étiage et la moyenne; et c'est pour protester contre cela qu'il faut, aujourd'hui pour la première fois, se proclamer antiprogressiste.

[4] - La 5e partie, 3e section (p. 195) de Barbarie porte le titre ironique “ Le marxisme, opium des peuples ”...

[5] - En ce qui concerne la question politique, rares sont ceux qui remarquent un éventuel motif politique derrière ce que j'appelle le djihad sexuel postmoderne. Par exemple, si on arrive à un stade où une partie significative de la population nourrit de sérieux doutes sur un fait biologique fondamental tel que la définition de l'homme ou de la femme, alors il faut considérer qu'une partie de la population a franchi un seuil important et est désormais prête à croire n'importe quoi, absolument n'importe quoi... Détail qui peut être fort utile sur le plan politique à une élite néototalitaire.

[6] - C'est d'ailleurs ce qu'explore BHL à la 3e partie : Cre_puscule du socialisme, où il est question de la chute de l'Utopie communiste, ce point de fort du marxisme et son marketing de la lutte pour la justice sociale.

[7] - Et bien sûr, ce sont les élites qui décident de ce qu'est le “ bien commun ”... À vous et moi, on ne nous demandera jamais notre avis.

[8] - Et l'Übermensch n'est, à la fin, que la personnification souriante du principe darwinien impitoyable du Survival of the Fittest / la Survie du plus apte.

[9] - Pas la peine de parler de citoyen, car un citoyen a des droits...

[10] - British pro-life advocate again arrested for 'thoughtcrime' of silent prayer near abortion clinic. (Mark A. Kellner - The Washington Times - 6/3/2023)

Britain is a police state. UK: A British man was arrested at 4am, in front of his cancer-stricken wife, for saying he dislikes seeing Palestinian flags everywhere on social media. (Yossi BenYakar - X - video, 1:47 minutes - 11/1/2026)

Une amende de 10 000$ pour des propos tenus en privé. (Laurie Smith - Libre Média - 4/4/2025)

[11] - Muggeridge fut un des premiers journalistes occidentaux à rendre public le scandale du Holodomor, la famine organisée par Staline dans l'Ukraine des années 1930.

[12] - dont le plus connu, la St-Barthélémie.

[13] - Une petite note à la page wiki de Mornay fait rêver le québécois que je suis, car on signale qu'après le massacre de la Saint-Barthélemy e de Mornay aurait cherché à s'exiler en Nouvelle France. Avec ses contacts politiques, il aurait pu devenir intendant (principal responsable) de la colonie et changer BEAUCOUP de choses pour les Protestants ici... Mais les Jésuites était déjà sur place et sans doute n'auraient PAS toléré l'arrivée d'un protestant doté de pouvoirs... Il n'est jamais venu...

Mais le hic c'est que de Mornay était lui-même à Paris au moment du massacre de la Saint-Barthélemy e et y a échappé de justesse. Mais que de Mornay soit l'auteur ou pas, puisqu'il était protestant, la chose devait le concerner de TRES près l'auteur protestant, pourtant dans le texte des Revendications il n'en est pas question une seule fois!!! C'est à peine si l'auteur de la préface y fasse vaguement allusion (il est question de “troubles”).

[14] - Un autre juif séculier comme BHL, le physicien Albert Einstein fut témoin de la montée du nazisme et fit les observations suivantes (Anonyme 1940: 38):

Étant un aimant de la liberté, lorsque est venue la révolution [nazie] en Allemagne, je comptais sur les universités pour la défendre, sachant qu'elles avaient toujours affirmé haut et fort leur dévotion à la cause de la vérité, mais non, les universités ont été réduites au silence immédiatement. J'ai alors tourné mon regard vers les grands éditeurs de quotidiens, dont les éditoriaux enflammés d'autrefois avaient proclamé leur amour de la liberté, mais comme les universités, ils furent réduits au silence en quelques semaines.
Seule l'Église s'est prononcée clairement contre la campagne hitlérienne qui supprimait la liberté. Jusqu'alors, l'Église n'avait jamais attiré mon attention, mais aujourd'hui je veux exprimer mon admiration et ma plus profonde estime pour cette Église qui, seule, a eu le courage de lutter pour les libertés morales et intellectuelles. Je dois admettre que ce que je méprisais autrefois, j'admire sans réserve maintenant.*

Évidemment ce commentaire ne dresse pas le portrait complet du christianisme allemand sous Hitler. Si quelques chrétiens allemands ont trouvé le courage de s'opposer au nazisme, bien des églises allemandes ont activement appuyé le régime Nazi. Suivre le courant le plus fort à toujours été plus facile. À ce sujet :

ZEHRER, Karl (1995) Les Églises évangéliques sous le IIIe Reich: Article paru en 1995 dans la revue de la Fédération Suisse Romande des Eglises Evangéliques. (VoxDei - 22/5/2022)

[15] - Les Québécois ont eu droit à cette religion d'État, imposée en 2008 sous le couvert du cours Éthique et culture religieuse, ce catéchisme postmoderne imposé de manière unilatérale sur tout le système d'éducation québécoise, autant publique que privée, et ce, en excluant tout refus des parents de voir cela imposé à leurs enfants. Puisque ce cours fut ouvertement appuyé par les francs-maçons, on peut déduire que cela émane d'eux...

[16] - Et c'est ce qui explique le mépris absolu des élites postmdernes pour toute expression populaire de nationalisme. Si on examine le comportement des élites postmodernes, on constate qu'ils n'hésitent jamais d'exprimer leur mépris du peuple. Ce mépris s'exprime de diverses manières, entre autres, en ciblant les MAGA américains, le mouvement Brexit anglais, les gilets jaunes en France, et le mépris très explicite de Justin Trudeau ciblant les camionneurs canadiens (déplorables) pendant la crise du Covid, ou encore le mépris des élites européens ciblant les nationalistes français, italiens ou hollandais... D'autre part on peut penser aussi aux tentatives féroces par l'État allemand de marginaliser et même rendre illégal le nationalisme du parti AfD. À la fin, tout mouvement nationaliste/populaire attire le mépris des élites postmodernes, car de tels mouvements constituent des obstacles aux aspirations d'un pouvoir mondial de la secte de Davos.