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Samizdat

Une dichotomie étrange:

le débat sur les origines en milieux anglophone et francophone.







note du webmestre

Cet article comporte de nombreuses citations tirées de textes anglais. Pour éviter tout reproche de traduction biaisée, on a songé les laisser sans traduction, mais cela pouvait rendre une partie importante de l'argument inaccessible pour bon nombre de lecteurs. Nous avons donc opté pour la traduction avec le texte original anglais dans les notes.
Paul Gosselin (©2009)

Dans le monde francophone, le débat sur les origines est fortement encadré. On est libre de débattre des mécanismes ayant produit la vie. On peut multiplier les scénarios, mais des pressions très fortes seront exercées pour marginaliser et faire taire toute remise en question du cadre matérialiste fondamental où se déroulent les discussions. Si quelque chose menace cette infrastructure, des boucliers se lèvent immédiatement. Dans le monde anglophone, il en est autrement. Et l'envergure que prend le débat sur les origines dans le monde anglophone est un phénomène voilé pour bien des francophones. Peu d'entre eux savent que dans le monde anglophone ce débat existe depuis plus de deux générations et que l'on rencontre chez les intervenants critiques de l'évolution, aussi bien les hérétiques véritables, ces créationnistes si mal famés, que les partisans du Dessein Intelligent (DI) et bien d'autres encore. Chez les anglophones, le débat dépasse largement, et depuis longtemps, le cadre du créationnisme.

Dans le folklore des préjugés médiatiques francophones, il est possible de rejeter la théorie de Darwin que si l'on ignore tout des acquis de la science moderne. Et le francophone qui n'a pas accès à cette littérature anglophone sur les origines pourra difficilement se faire une idée sur la largeur et la profondeur du débat.


Les acteurs
Chez les critiques anglophones de Darwin, on retrouve évidemment les créationnistes classiques (jeune terre) qui rejettent à la fois le darwinisme (c'est-à-dire l'abiogenèse et l'évolution non dirigée produisant toute la diversité de la vie qui nous entoure) ainsi que les milliards d'années de la terre. Ces créationnistes affirment également que la majorité des strates sédimentaires de la terre ont été déposées lors du Déluge de Noé. C'est donc un rejet massif de la cosmologie dominante. Évidemment pour bien des francophones c'est tout simplement trop. Ou dans le langage d'une autre époque c'est de l'hérésie... On retrouve parmi les créationnistes des scientifiques de niveau divers, dont certains plus humbles, mais aussi d'autres, comme le généticien André Eggen[1] qui a participé au décryptage du génome bovin, le biochimiste britannique A. E. Wilder-Smith qui avait trois doctorats, des géologues qui rejettent les présupposés et méthodes qui sous-tendent le radiodatage[2], des physiciens créationnistes fouillant les dédales de la relativité[3], et même des “ nobelisables ” comme Raymond Damadian, le médecin inventeur du scanneur médical à résonance magnétique que l'on retrouve dans tous les hôpitaux modernes. Il ne faut pas oublier que la majorité des fondateurs des sciences aux 17e et 18e siècles tels que Galilée, Isaac Newton, John Ray, Carl von Linné et Blaise Pascal seraient aujourd'hui considérés comme des créationnistes classiques (à ce sujet, voir Gosselin 1997).

Les partisans du Dessin Intelligent, pour leur part ne se préoccupent pas de la question de l'âge de la terre ou du Déluge, mais critiquent et remettent en question de grands pans du darwinisme. On rejette donc l'affirmation que des processus naturels (tel que la sélection naturelle) suffisent pour expliquer l'origine du monde biologique qui nous entoure. Chez les défenseurs du Dessin Intelligent, on retrouve aussi des chercheurs en biologie moléculaire tel que Michael Denton, auteur de Évolution: une théorie en crise (1985/1988) qui évoquent des données empiriques telles que la barrière que constitue la complexité du vivant pour l'évolution, des mathématiciens, tels que William Dembski, qui explorent le concept de la complexité irréductible et des biochimistes qui soulignent l'incapacité de processus aléatoires pour produire les éléments fondamentaux de la vie[4], les acides aminés, protéines et l'ADN[5].

Avec le passage du temps, on trouve même des critiques fortes de l'évolution proposée par un troisième groupe, une classe d'intellos épars, qui chez les francophones ne songeraient jamais à de telles pirouettes, c'est-à-dire par des athées et des gens à la perspective moderne et dite “ sans religion ”. À ce titre, on peut penser au philosophe britannique, David Stove, qui a publié en 2006 un livre au titre fort provocateur Darwinian Fairytales: Selfish Genes, Errors of Heredity and Other Fables of Evolution[6]. Un des philosophes de la science les plus renommés du 20e siècle, Karl Popper, s'est livré, dans plusieurs de ses ouvrages, à des critiques fortes de l'évolution et du pouvoir explicatif de la sélection naturelle. Un autre philosophe et ardent évolutionniste est le Canadien Michael Ruse, qui a proposé une perspective plutôt scabreuse, rapprochant le darwinisme à la religion. Ruse note dans un article que (2000) :

Ruse a été interviewé plus tard par des médias scientifiques francophones[7], mais jamais le journaliste francophone n'a songé à l'interroger sur cette question. Sachez taire cette opinion que je ne saurai entendre...

Karl R. Popper
Karl R. Popper
philosophe de la science
Hubert Yockey
Hubert Yockey
physicien et bioinformaticien

Et au cœur du débat sur les origines en milieu anglophone, on y rencontre aussi le physicien et bioinformaticien américain, Hubert Yockey, un chercheur renommé (et évolutionniste sincère) dont la spécialité est l'application de la théorie de l'information à l'évolution. Yockey aime la bagarre et a un style très direct, avec lequel il critique sans scrupules aussi bien les créationnistes que des bonzes évolutionnistes prestigieux tels Manfred Eigen et Ilya Prigogine (défenseurs du concept de l'ordre par le bruit). Certaines de ses critiques les plus féroces[8] visent les divers scénarios tentant d'expliquer l'abiogenèse[9], c'est-à-dire le passage du non-vivant au vivant qui abouti à la première cellule capable de se nourrir et de se reproduire. On oublie parfois trop rapidement qu'à défaut d'une telle explication, l'édifice du scénario darwinien est en danger. Tout édifice exige une fondation capable de soutenir la structure érigée dessus. Si on est incapable de proposer une démonstration convaincante de l'abiogenèse, est-ce la peine d'écouter les évolutionnistes sur le reste? En réaction au problème que pose l'abiogenèse certains évolutionnistes ont adopté la stratégie suivante: « Désormais la question de l'abiogenèse ne fait plus partie de la théorie de l'évolution! » Évidemment ça règle tout, hein?

Mais chez les francophones, peu d'échos de ce débat ont atteint nos oreilles[10] Les filtres des médias et du système d'éducation sont fort efficaces. Chez nous, il est presque impensable de rencontrer des athées ou des agnostiques renommés proposant des remises en question sérieuses de l'évolution. Nos élites aiment se gausser de leur “ esprit critique ”, mais sur cette question certains tabous restent très puissants... Par ailleurs, il faut avouer que chez les élites francophones, le créationnisme fait PEUR. Cela se constate facilement en examinant la rhétorique exploitée par les médias pour décrire les créationnistes ou toute critique de l'évolution. Cela se manifeste par l'exploitation de termes (inévitablement péjoratifs) tels qu' “ irrationnel, pseudoscientifique, ignorance, connerie, fondamentalisme, danger[11], offensive, propagande, obscurantisme, antiscientifique, etc. ”. En somme, ce débat sert de prétexte pour ressortir toute la panoplie de la rhétorique idéologique des Lumières. Et pour assurer une marginalisation plus efficace de toute critique de l'évolution, on biffe toute distinction entre créationniste jeune terre, partisan du Dessein Intelligent et les critiques séculiers de l'évolution en leur collant l'étiquette tout usage “ créationniste ”. Dans ce contexte, le terme ne décrit en aucun cas les convictions de l'individu visé, mais sert d'instrument d'ostracisme, comme l'étoile de David sous les nazis. Et pour saborder le débat, on a produit une stratégie rhétorique fort efficace qui consiste à réduire toute critique de l'évolution à une seule cause : la stupidité (sans la nommer explicitement) et l'ignorance de la science.

Manifestement, le créationnisme est perçu comme une menace, mais que menace-t-il au juste? Nous examinerons cette question plus loin, mais considérons un cas de critique de l'évolution dans les médias anglophones.

Arbre de vie - Charles Darwin, carnet 1837
Esquisse par Charles Darwin, tiré de son carnet de 1837
(déposé au Cambridge University Library)


New Scientist - Jan. 2009 (issue 2692)La “ trahison” d'une revue britannique prestigieuse
En janv. 2009, la revue scientifique britannique New Scientist (NS) publia un numéro portant le titre provocateur "Darwin was wrong", c'est-à-dire Darwin avait tort! Et à quel sujet au juste Darwin avait-il tort? L'éditorial par Graham Lawton dans ce numéro examine le fameux arbre de vie[12] du processus évolutif, un concept fondamental proposé par Charles Darwin lui-même. D'après ce concept, si on remonte la généalogie des organismes, on aboutit nécessairement à un organisme unicellulaire qui est l'ancêtre de tous les vivants.

Cet arbre de vie a été érigé en s'appuyant sur l'anatomie comparée, mais Lawton note que les progrès de la génétique, dans bon nombre de cas contredisent le scénario généalogique de l'arbre de vie érigé par des générations d'évolutionnistes. Chez les unicellulaires par exemple, le processus de transfert génétique horizontal (Horizontal Gene Transfert ou HGT en anglais) réduit en bouillie le schéma simple et géométrique d'une arborescence telle qu'imaginée par Darwin. Depuis quelques années, on a compris qu'il est monnaie courante chez les bactéries d'échanger de l'ADN entre espèces différentes[13]. Malgré les problèmes rencontrés par l'arbre de vie[14], on trouve toujours des scientifiques convaincus de l'intérêt de ce concept, mais Lawton note que d'autres, comme le biologiste W. Ford Doolittle de l'université Dalhousie (Nouvelle-Écosse, Canada), sont d'avis qu'il s'agit d'un concept arbitraire et qui a fait son temps.

Arbre de vie (appuyé sur la morphologie) Arbre de vie (depuis la génétique)
Arbre de vie (appuyé sur la morphologie)
Arbre de vie (depuis la génétique)

Il ne faut pas se méprendre. La New Scientist est une revue scientifique évolutionniste tout à fait orthodoxe. La preuve? En avril 2008, il a publié un article par Michael Le Page attaquant, selon les règles de l'art, le créationnisme. Cet article portait le titre " Evolution: 24 myths and misconceptions " (no. 2652, 16 April 2008). Mais sachant qu'un gros titre affirmant que “ Darwin was wrong! ” allait leur attirer des baffes (puisque toute critique de l'évolution est notée et exploitée par ces hérétiques sans scrupule, les créationnistes[15]) les éditeurs de NS ont pris les devants pour mettre les points sur les i et ôter tout doute quant à leur orthodoxie. Dans l'éditorial, Graham Lawton confesse (2009):

Mais l'article de la NS comporte tout de même un aveu inhabituel, c'est-à-dire que le progrès de la science a soulevé quelques problèmes sérieux pour le concept de l'arbre de vie proposé par Darwin et qui a été pendant longtemps un concept central dans ce système. Citant le chargé de recherches en biologie au CNRS, Éric Bapteste, Lawton note (2009):

Au sujet de ce concept, autrefois si central au système darwinien, il semble en rester peu de choses maintenant Lawton observe (2009):

Mais il ne faut pas se faire trop de bile pour le discours évolutionniste. Ce discours est doté de la capacité impressionnante d'évoluer librement et sans contrainte. Ainsi même les réfutations les plus catégoriques des thèses avancées par Darwin ne posent aucun problème. N'est-ce pas formidable? Évidemment, le titre provocateur de ce numéro de New Scientist n'a pas manqué de provoquer des réactions... Et évidemment la revue New Scientist, a eu sa part de baffes[19]. Le journal a été la cible de plusieurs courriels d'évolutionnistes furieux[20]. Certains internautes ont qualifié la couverture de ce numéro de “ scandaleusement irresponsable ”. Le paléontologue blogueur australien, Chris Nedin, pour sa part, n'a vraiment pas apprécié. Dans son blogue, il fulmine (2009)

Chose curieuse Nedin ne semble pas s'intéresser à la vérité de l'affirmation du NS. Est-ce vrai ou faux que Darwin a pu se tromper? Là n'est pas la question il semble... Le saint homme, Charles D a-t-il pu se tromper? La réaction de Nedin n'est pas sans rappeler celle de nombreux musulmans lors de la parution des Versets Sataniques de Salmon Rushdie... Devant cette trahison des clercs, l'amertume de Nedin est palpable. Mais quelle ironie lorsqu'il exprime son amertume au moyen d'un langage aussi théologique :

En somme, la New Scientist a trahi Darwin afin de satisfaire d'abjects besoins charnels, c'est-à-dire dans le dessein de vendre quelques vulgaires numéros de son magazine... Nedin renchérit et lance une fatwa:

Il faut bien sûr admirer tant de dévouement au maître spirituel Charles D., mais est-ce l'indice de la science ? Aurait-on du respect pour une telle attitude chez les admirateurs inconditionnels d'Isaac Newton affichant un comportement semblable à l'égard des critiques d'Einstein ? Dans son blogue, un autre imam évolutionniste, le biologiste à l'université de Chicago, Jerry Coyne est du même avis que Nedin et propose des mesures plus draconiennes encore :

P. Z. MyersEt l'évolutionniste américain (et athée renommé) P. Z. Myers, se lamente des effets marketing de la couverture de ce no du NS (2007)

Évidemment, on peut avoir des doutes, tout comme les détracteurs évolutionnistes furieux du New Scientist, que ce qui a motivé le titre fracassant “ Darwin was wrong! ” du numéro de janvier 2009 n'était pas d'abattre la théorie de Darwin, mais simplement de vendre des magazines. “ Survival of the fattest ” comme disent les Anglais. Cela dit, le choix de ce titre est tout de même l'indice sûr d'une certaine liberté d'expression existant dans le contexte anglophone. Les éditeurs de la New Scientist devaient avoir une idée assez précise de la controverse qu'allait provoquer ce titre, mais ils ont estimé que ce serait malgré tout rentable et qu'il était tolérable d'exprimer les choses ainsi. Ils étaient donc prêts à faire face à la musique. Ils ont dû estimer aussi qu'un tel geste ne comportait pas de danger pour eux...

Mais est-ce que la même logique serait pensable en milieu francophone? Est-ce qu'une revue scientifique francophone (de niveau et de prestige comparable) pourrait se permettre de telles pirouettes? Est-ce pensable? Quel sort, par exemple, serait réservé au journaliste ou encore à l'éditeur d'une revue dans un tel cas? Pourrait-il encore occuper son poste après un tel scandale? Pourrait-il même espérer exercer son métier de journaliste par la suite?

Dans le monde francophone, peut-il être question de laisser entendre que l'évolution puisse être en crise ou encore que le progrès de la science puisse la contredire ou que le scénario néodarwinien puisse comporter des problèmes sérieux ? La question est épineuse.

Mais dans le monde anglophone cet article du New Scientist n'est pas un phénomène isolé. Au contraire. Il y a quelque temps, un article sur le site de la prestigieuse BBC a attiré mon attention. En cette année 2009 où l'on fête le 200e anniversaire de Charles Darwin, la majorité des médias occidentaux s'évertuent à chanter ses louages, la BBC pour sa part prit le risque d'ose examiner les aspects idéologico-religieux de l'évolution en proposant un article du journaliste écossais Andrew Marr The danger of worshipping Darwin. Dans cet article, Marr relate d'abord sa conversion à l'incroyance et s'amuse ensuite à souligner des parallèles fort instructifs entre institutions matérialistes et institutions religieuses. Il met le doigt sur des trucs bien intéressants, mais évidemment, à la fin, s'empresse de rassurer les fidèles et réitère sa foi dans l'évolution. Tout va bien... On ne fait que s'amuser après tout...

À ceux qui liront l'article de Marr, j'aurais une question. Dans le milieu francophone, où nos élites aiment tant se gausser de leur esprit critique, peut-on même imaginer un journaliste du Monde Diplomatique ou du Nouvel Observateur émettre de tels commentaires (quasi-hérétiques)? Est-ce concevable? Et si on ne rencontre jamais de telles remises en question dans les médias francophones, il faut se demander pourquoi? Quelle est la source de ce tabou? L'article de Marr met évidemment le doigt sur des trucs qui m'intéressent depuis un bon moment[28]. Sur la question des origines, le souci typique des médias francophones est d'immuniser la pensée de leur auditoire contre la contagion américaine. Il ne faut pas que leurs “ ouailles ” aient des “ mauvaises pensées ” ou des doutes sérieux à l'égard de la révélation reçue par Charles D...

Par ailleurs, on rencontre beaucoup d'étonnement, voire d'incrédulité, chez les élites francophones à l'égard de la profondeur de la remise en question de l'évolution dans la population américaine. Voici une nation à la fine pointe de la technologie, dont les élites gagnent régulièrement des prix Nobel en sciences et dont une tranche très importante de la population rejette catégoriquement le système darwinien... Dans les sondages[29] le discours évolutionniste est souvent malmené aux États-Unis. Évidemment, l'explication est toute trouvée. “ Les Américains sont religieux[30] ”. C'est donc leur religion qui est en cause. Certes, il faut que ce soit leur religion, sinon les francophones se verraient contraints de faire une réévaluation sérieuse du système darwinien et l'on préfère éviter cette option...

Chose curieuse, l'affirmation que la religion des Américains est la source de leur manque de foi dans le darwinisme comporte son envers de la médaille. Postuler un tel type de causalité (idéologique) implique évidemment qu'elle est universelle. Et si elle est universelle, cela implique que si les francophones, pour leur part, ne remettent pas en question le darwinisme, c'est également pour des motifs idéologiques...


Science & Vie no 1101 juin 2009Médias francophones
Quelques mois après la parution de l'article de Lawton dans le New Scientist, la revue de vulgarisation scientifique francophone Science & Vie publia aussi (en juin) un numéro sur Darwin dont le titre de la couverture est beaucoup plus prudent, c'est-à-dire “ Ce que Darwin ne savait pas ” (Science & Vie no 1101 Juin 2009). Sur le site de S&V on nous indique que “ Depuis la publication de l'Origine des espèces en 1859, la science a accumulé les découvertes majeures : ADN, mutations génétiques, cellules souches.... Or, ces découvertes s'éclairent à l'aune du grand naturaliste, en même temps qu'elles font évoluer sa théorie de l'évolution. ”

Étant de nature cynique (et m'intéressant au débat sur les origines depuis trente ans), avant même de mettre la main sur ce numéro, je dois confesser que j'avais déjà des tas d'idées préconçues sur son contenu et son orientation. J'en conviens avec vous que je suis un personnage rempli de préjugés, mais bon, il reste qu'on ne réinvente pas la roue, ni le marketing de l'évolution, tous les jours... Il faut respecter les règles de l'art. Voici ce que mes préjugés me poussaient à prévoir comme optique (avant même d'en faire la lecture) du no de S&V sur Darwin :

“ En somme, la morale de cette histoire est:

Ayant mis la main plus tard sur ce no de S&V, il apparaît qu'il comporte des articles sur des sujets divers, mais offre un article collectif sur le thème proposé par la couverture, c'est-à-dire Ce que Darwin ne savait pas. L'article permet de faire un survol des progrès de la science depuis la publication en 1859 de l'Origine. À la page 55 on résume quatre questions qui n'étaient pas connues de Darwin. Elles sont les suivantes :

Dans les pages de l'article qui suivent, ces questions sont examinées de manière plus détaillée. Le titre de ce numéro laisse entendre qu'il comporte une critique audacieuse de Darwin, mais est-ce le cas? Dans les faits, S&V respecte, sans écart suspect, les tabous caractéristiques du milieu intellectuel francophone touchant la question des origines. Par exemple, tandis que l'article du New Scientist discute, sans nuances obscurcissantes, des problèmes qui se posent au concept darwinien de l'arbre de vie, l'article de S&V ne consacre que quelques lignes (2009 : 58) à cette question[31]. On se contente de parler désormais en termes de généalogie en réseau. Mais suffit-il de changer de vocabulaire pour régler tous les problèmes ?

D'autre part, cet article confond, comme c'est l'habitude du discours évolutionniste, la micro et la macroévolution. La microévolution vise les phénomènes observables de variation génétique à l'intérieur d'une espèce. À ce titre, on évoque brièvement dans l'article les variations de la taille du bec des pinsons du Galápagos (p. 59) et la capacité des lézards, auparavant insectivores (p. 64), de s'adapter à une diète herbivore. La macroévolution, par contre, est le processus non observable qui part d'éléments chimiques et minéraux sans vie pour aboutir au premier organisme vivant capable de se nourrir et se reproduire (processus connu sous le terme abiogenèse) et qui se poursuit ensuite pour aboutir à toute la variété observable du monde vivant actuel (sans oublier toutes les espèces fossiles disparues et les interactions à l'intérieur des écosystèmes existants et passés). C'est tout cela qu'affirme expliquer la macro évolution. Il faut bien prendre conscience qu'aucune autre théorie scientifique ne prétend expliquer autant de phénomènes divers et complexes.

Telle que formulée depuis Darwin, la théorie de l'évolution repose sur l'affirmation de l'existence d'un lien évident entre micro et macroévolution. Le discours évolutionniste affirme que puisque nous observons des variations de la taille des becs chez les pinsons du Galápagos ou des variations de couleurs chez les phalènes du bouleau en Angleterre cela constitue une preuve de l'évolution. Ce lien repose sur l'extrapolation, c'est-à-dire que les variations limitées observées à l'intérieur des pools génétiques peuvent aboutir à la macroévolution. Pour situer cette extrapolation dans un contexte plus familier, les preuves offertes par les évolutionnistes correspondent à un syllogisme simple tel que celui d'un ornithologue qui affirmerait que puisqu'on a observé scientifiquement un oiseau voler jusqu'au sommet d'un arbre de dix mètres, si on lui accorde le temps nécessaire, ce même oiseau atteindra inévitablement la Lune...

Même si le vol de l'oiseau jusqu'au sommet de l'arbre est un phénomène tout ce qu'il y a d'empirique, cela ne légitimise en aucun cas l'extrapolation de notre ornithologue si optimiste. Tout comme il faut reconnaître les obstacles empiriques rendant impossible le vol de l'oiseau vers la Lune, il faut aussi reconnaître les obstacles rendant impossible l'abiogenèse, les exigences du point de vue de l'ingénierie que posent l'apparition de systèmes capables d'exploiter la photosynthèse ou la locomotion bipède, ainsi que le passage d'un pool génétique à un autre sans l'intervention d'un Agent intelligent et les changements d'ingénierie permettant le passage d'un environnement à un autre. Dans les deux cas, le temps n'est pas le seul facteur significatif. Lorsqu'on refuse de jeter un regard complaisant sur les détails du monde biologique, la liste d'obstacles à la macroévolution s'allonge.

Tenant compte de cette objection, si l'on rejette l'extrapolation micro -> macro évolution, la pertinence des preuves empiriques les plus importantes que l'on évoque habituellement pour soutenir l'évolution (dont les variations de la taille et la forme du bec chez pinsons du Galápagos et les bactéries résistantes aux antibiotiques) disparaît. Il faut alors poser la question suivante : quelles preuves reste-il pour appuyer directement la macroévolution si on rejette l'extrapolation[32] micro -> macroévolution? Dans ce contexte, il est essentiel de mesurer l'envergure de ce que prétend expliquer la théorie de l'évolution en rapport avec les données empiriques qui sont susceptibles de l'appuyer.

pinsons du Galapagos

Il faut noter que la théorie de l'évolution a été érigée en s'appuyant sur des concepts du 19e siècle tel celui de la simple cellule. Évidemment à cette époque, observée au moyen d'un microscope, la cellule pouvait effectivement sembler simple, un globule de gélatine doté de la capacité de se mouvoir et se diviser, en somme... Rien de plus simple. Mais, au cours du 20e siècle, les progrès en biologie moléculaire et en génétique ont rendu risible cette conception de la simplicité apparente de même les plus petits organismes. Et partout où l'on regarde dans la cellule, on observe des mécanismes. L'ingénieur qui observe cela voit bien : ce truc fait cette tâche et l'autre une autre tâche. La simple cellule regorge d'intentionnalité. Mais la simplicité de la cellule faisait partie des lois de l'évolution. Le simple vers le complexe, la loi du progrès. Sur le plan technologique, tous savent que c'est ridicule. Le téléphone mobile/cellulaire de génération récente, même s'il est plus petit qu'un gros téléphone mobile produit au début des années 90, n'est pas plus simple. Le monde de la biologie que nous découvrons actuellement contredit ce dogme que Darwin partageait avec bon nombre de ses contemporains.

Aujourd'hui, on constate que la complexité de même les organismes les plus petits dépasse celle des superordinateurs les plus performants faits par l'homme[33]. Dans son livre The Road Ahead, Bill Gates a exploré les conséquences de la révolution informatique et affirme (1996 : 288) “ L'ADN est comme un logiciel, mais bien, bien plus avancé que tout type de logiciel que nous avons créé jusqu'ici. ” Touchant la complexité croissante du monde biologique[34], il y a là encore une crise voilée, une non-crise, mais chez les anglophones cela n'a pas été ignoré et en 2008 on a convoqué un comité d'experts à Altenburg en Autriche (les Altenburg 16[35]) pour renouveler l'évolutionnisme et surtout pour tenter de proposer des mécanismes adéquats pour expliquer la complexité croissante du monde vivant. Il reste à voir si les mécanismes proposés suffiront à la tâche. Rien n'est gagné. Peut-on obtenir des programmes sans Programmeur? Si c'était chose possible, sans doute Microsoft aimerait connaître la recette...

Inner Life of the Cell (vidéo - Harvard)

Le problème que pose la masse de données de plus en plus grande qui expose la complexité ahurissante du vivant est telle qu’il provoque en milieu anglophone la remise en question de l'évolution par des athées purs et durs. Anthony Flew par exemple est un philosophe britannique (spécialiste de la pensée de David Hume et signataire de la 3e version du Humaniste Manifesto) qui, durant presque toute sa vie adulte, a défendu l’athéisme. Ses livres remettant en question le théisme font référence chez les anglophones. Et pourtant un jour en 2004, lorsqu’on lui demanda s’il était d’avis que les données de la biologie et de la génétique étaient l’indice d’une Intelligence créative, il fit la réponse suivante (2007 : 75) :

Peut-on trouver de tels aveux dans la bouche d'un intellectuel français? Notre article collectif dans S&V reprend l'équation habituelle évolution = science. C'est une stratégie rhétorique fort efficace, qui permet aux gens d'entretenir des conceptions dites religieuses des origines dans leur vie privée, mais impose le discours évolutionniste dans tout contexte institutionnel ou public et met le discours évolutionniste à l'abri d'une part très large de critiques. Mais en général on a des attentes élevées vis-à-vis des théories scientifiques véritables. Par exemple, la physique classique de Newton a permis la découverte d'Uranus et de Pluton. Et un ingénieur, s'appuyant sur les principes de mécanique, qui dresse les plans pour un pont qui s'effondre par la suite, aura des comptes à rendre. Chose curieuse, malgré le désir ardent des évolutionnistes d'exploiter le prestige de la science, lorsqu'il est temps de rencontrer les attentes légitimes que l'on peut avoir à l'égard d'une théorie scientifique véritable, les évolutionnistes se défilent rapidement. Un des co-auteurs de l'article de S&V, Philippe Chambon, offre des justifications fort adroites pour expliquer les faiblesses prédictives de l'évolution (2009 : 70-71) :

Le marketing évolutionniste est toujours excellent[36] et il faut admirer la créativité des disciples de Charles D., mais cela nous laisse tout de même sur notre faim. L'évolution serait donc une théorie dite scientifique, mais qui refuse de répondre aux exigences normales auxquelles doit répondre une théorie scientifique véritable... Mais il faut admettre que Chambon exprime la chose de manière bien plus élégante que je ne saurai le faire.

Mais revenons à ce no de S&V. Un tel article communique de manière fort efficace le message “ Circulez, tout va bien, il n'y a rien à voir. Il n'y a pas de problème[37] ” Jugez-en vous-mêmes. À la deuxième page (54) on énumère quelques problèmes que pose la science au discours évolutionniste, mais on s'empresse de rassurer les fidèles : “ Même lorsqu'elle semble la contredire [l'évolution], la science moderne fait évoluer la théorie sans la dénaturer.[38] ” Ouais, tout va bien... Il le faut. Et l'on espère que personne n'y verra rien (sinon que du feu...) et l'on espère toujours que le scientifique francophone continuera de se taire au sujet des phénomènes rencontrés dans son champ de spécialisation qui ne cadrent pas avec le système darwinien. Bien sûr que le scientifique francophone constate aussi de telles anomalies, mais en général c'est le silence. Celui qui oserait enfreindre ces tabous et émettre des critiques de fond sur l'évolution sera confronté aux attitudes et comportements de marginalisation[39] exposés par le zoologiste français renommé, Pierre-Paul Grassé (1980: 51):

Évidemment, en tant que chercheur, Grassé avait le privilège d'émettre ses critiques à partir d'une position professionnelle blindée[40]. Mais pour un jeune chercheur, sans permanence, la situation est tout autre. Dans un tel contexte, émettre des doutes sur l'évolution ou sortir des sentiers battus avant d'avoir une carrière scientifique établie peut avoir des conséquences dramatiques sur son avenir professionnel. Peut-on investir des années de travail à des études universitaires, rédiger des publications afin de gagner quelque crédibilité professionnelle et, par la suite, tout remettre en question pour défendre une thèse perçue, au mieux, comme marginale, sinon secondaire? Le piège est bien là. Chose certaine, rester dans les rangs est fort rentable.

Anne Dambricourt-Malassé - Légende maudite du vingtième siècle : L'erreur darwinienne.Si donc on le compare au contexte culturel anglophone, le milieu francophone tolère beaucoup moins la dissidence touchant la cosmologie matérialiste. Les marges de manœuvre sont plus réduites. Voyons un exemple. Dans mon dernier livre Fuite de l'Absolu volume 2, je traite brièvement du cas de la paléoanthropologue française, Anne Dambricourt-Malassé, chargée de recherches au CNRS. Dans ses recherches, elle a proposé un mécanisme nouveau, expliquant l'évolution de l'homme. La publication de son livre Légende maudite du vingtième siècle : L'erreur darwinienne (2000), n'a pas manqué d'échauffer les esprits. Évidemment, le sous-titre comportait un mot de trop... On l'a accusée de mélanger religion et activité scientifique. Son “ hérésie ” ?, elle a laissé entendre que l'évolution pouvait être dirigée... Évidemment, dès qu'une œuvre remet en question, tant soit peu, la pensée unique sur les origines, on affirmera qu'il s'agit d'un truc tendancieux[41]. Ces propositions lui ont valu d'être fortement attaqué dans les médias et sur le web et même soupçonnée de l'hérésie créationniste. Pour la carrière d'un chercheur en sciences sociales œuvrant dans un contexte institutionnel, de tels soupçons équivalent pratiquement à un arrêt de mort. Marginalisation assurée. Faites des demandes de subventions pour vos recherches si vous voulez, mais les lettres de refus (toutes polies) sont toutes prêtes...

Dans les médias francophones, une des stratégie qui a été adoptée est de ne jamais laisser les créationnistes ou autres critiques de l'évolution exprimer eux-mêmes sur la place publique leurs propres arguments. Cela permet d'éviter que leur auditoire puisse avoir un accès direct à ces arguments sous leur forme la plus forte. C'est le principe du vaccin. Très souvent, la lecture d'un document produit par un expert médiatique francophone s'exprimant sur le “ créationnisme ” expose le fait que rien ne permet d'établir qu'il a lu un seul ouvrage sérieux rédigé par un créationniste ou partisan du Dessein Intelligent. Règle générale, notre expert s'abreuve à des sources anglophones secondaires et préfiltrées, c'est-à-dire acquises à l'évolution. Et si on étouffe systématiquement une voix dans un débat, peut-il être question de dialogue? Non sûrement pas, mais cela est bien utile pour assurer le règne de la pensée unique.

n°61 hors-série - Nouvel Observateur (décembre 2005/Janvier 2006)Dans les médias francophones, il est aussi courant de discuter du “ créationnisme ” dans des termes qui laissent entendre qu'il s'agit en quelque sorte d'une “ maladie de l'esprit ” venu des USA dont il faut immuniser les populations francophones à tout prix, sinon on nous prophétise la “ fin du monde ”, l'apocalypse et le retour vers les ténèbres de la déraison... Faire appel à l'antiaméricanisme des milieux francophones (chez nos élites au Québec, c'est la même chose...) est fort rentable. Le phénomène a été examiné sur le plan politique et culture par Jean-François Revel dans son livre rigolo et audacieux L'obsession anti-américaine (1987), mais à intervalles réguliers, ce préjugé est évoqué également dans le contexte du débat sur les origines par les élites évolutionnistes pour repousser la tentation anti-darwinienne. À ce titre on peut penser au n°61 hors-série du Nouvel Observateur (décembre 2005/Janvier 2006). Est-ce nécessaire d'expliquer?

Et si nos médias francophones larguent le terme “ créationnisme ”, inévitablement ils mélangent tout, créationnisme jeune terre, Dessein Intelligent et tout autre critique de l'évolution. Le but n'est en aucun cas d'éclairer le lecteur, mais nourrir ses préjugés, sinon lui en inculquer... On veut lui éviter une excursion du côté “ sombre ” de la science, là où les faits ne concordent pas facilement avec le discours dominant. Si les gens en général craignent la fameuse grippe porcine (H1N1), les intellos francophones craignent bien plus encore une contamination des esprits par des concepts créationnistes. Une certaine prudence est de mise, car un monopole idéologique est en jeu. Dans les lignes qui suivent, nous examinerons les enjeux de ce débat.


Conclusion
Comment expliquer la dichotomie que l'on constate entre communautés anglophones et francophones touchant la question des origines? Comment expliquer un phénomène aussi singulier? Puisqu'il serait probablement arrogant de prétendre trancher ce nœud gordien d'un seul coup, donc je me contenterai ici de poser la question et proposer une hypothèse préliminaire à ce sujet. À chacun de juger...

Examinons d'abord quelques caractéristiques intrigantes du milieu francophone touchant la question des origines. Dans la littéraire de vulgarisation scientifique , il nous arrive de rencontrer des journalistes lâchant des aveux forts intéressants comme ce journaliste anonyme de la revue Sciences et Avenir. Discutant des difficultés du discours darwiniste, il note (Anonyme, 2003: 8-9) :

Guilllaume Lecointre, zoologisteIl serait difficile de trouver un exemple plus patent d'intégrisme darwinien, le dogme avant tout[42]. Mais l'affirmation de ce journaliste (ou scientifique?) soulève une question capitale: pourquoi un abandon éventuel du darwinisme doit-il être “ exclu ” ? Il s'agit d'une affirmation assez étrange tout de même. En parcourant la littérature, on constate que cette nécessité de l'évolution peut s'exprimer de diverses manières. Dans ce numéro récent de S&V, Chambon exprime de manière succincte la nécessité de l'évolution (2009 : 71) : “ Ce [l'évolution] n'est donc pas une hypothèse parmi d'autres. ” On aborda aussi la nécessité de l'évolution, il y a quelques années dans un compte rendu d'un livre par Michael Denton[43]. Réagissant à cette publication provocatrice, le zoologiste français, Guilllaume Lecointre, a émis les observations suivantes (≈2004) :

Si on déconstruit ces commentaires de Lecointre, ses affirmations semblent impliquer que le scientifique qui veut faire de la science dite “ honnête ” ou “ fondée ”, se doit de respecter le cadre matérialiste, c'est-à-dire darwinien de la science. Ce serait donc en somme un minimum. À défaut, on ne peut même pas prétendre à faire de la science[45]. La logique de Lecointre repose d'ailleurs sur une identification totale et absolue de la science au darwinisme. Nous constatons ici avec Orwell le pouvoir du langage dans le cadre qui nous intéresse. La redéfinition de termes tels que le mot “ science ” devient un outil puissant permettant d'hypnotiser les masses (d'autant plus qu'ils sont éduqués) et de les diriger comme un troupeau soumis. Cela implique également que toute critique de l'évolution est, a priori, irrecevable. Mais si tel était le cas en physique, on en serait toujours à la physique classique de Newton et Einstein et ses disciples seraient des parias, des ostracisés, voir des hérétiques... Mais ces observations nous ramènent à la question de fond: comment se fait-il que le darwinisme soit essentiel, nécessaire? La question est particulière, car dans le passé d'autres théories scientifiques, telles que le phlogistique[46], la cosmologie héliocentrique et la génération spontanée, ont été critiquées et abandonnées et la planète n'a pas cesser de tourner pour autant... Ces remises en question n'ont en aucun cas détruit la science. La fin du monde a été évitée dans tous ces cas...

Journaliste chez Le Monde, Catherine Vincent semble bien saisir les enjeux du débat sur les origines et la menace que pose le créationnisme et le Dessein intelligent (2008):

Patrick Tort, directeur de l'Institut Charles Darwin International, semble aussi de cet avis, car résumant l'apport de l'œuvre principale de Darwin, l'Origine des espèces, il affirme (dans Lassagne 2009 : 73) “ Avec ce livre, la science s'affranchit de la théologie. C'est un des actes majeurs de Darwin[48]. ” Déjà au début du 20e siècle (époque où le terme transformiste était plus commun que le terme évolutionniste), le biologiste français, Yves Delage, faisait l'aveu suivant (1903: 204):

Cela confirme l'intérêt idéologico-religieux du darwinisme. Exprimant la chose au moyen d'un langage plus nuancé, l'anthropologue franco-polonais Wiktor Stoczkowski constate aussi l'importance idéologico-religieuse du discours évolutionniste (2003: 39):

Richard DawkinsDans son essai L'horloger aveugle, Richard Dawkins propose une observation qui expose une fois de plus le rôle idéologico-religieux essentiel joué par le discours évolutionniste (1986/1989: 21):

Ce genre d'affirmation n'aurait strictement aucun sens à moins de tenir compte du rôle cosmologique que joue le discours évolutionniste pour le développement du système idéologico-religieux moderne et postmoderne. D'une franchise que l'on rencontre rarement chez un intellectuel francophone, le professeur de génétique américain, Richard Lewontin, expose au regard quelques éléments idéologiques que fonde la cosmologie darwiniste (1997: 31):

En langage plus direct, dans le contexte du débat sur les origines, cela implique que ce sont davantage les enjeux idéologico-religieux du discours évolutionniste visé par les critiques du créationnisme et du DI qui posent problème à nos élites francophones. L'importance de la cosmologie darwinienne est donc liée au fait qu'elle sert d'appui à plusieurs systèmes idéologiques en Occident. Paradoxalement, la science intéresse les évolutionnistes davantage à des fins marketing. D'un autre côté, la science empirique est une préoccupation plutôt secondaire[56]... Il y a lieu de penser que la capacité d'interprétation et d'intégration des nouveautés et découvertes du discours évolutionnistes est illimitée. C'est vraisemblablement l'arme la plus puissante de l'arsenal évolutionniste, mais au-delà des spéculations sans fin, il faut se demander quels sont les résultats palpables de cette théorie dans le domaine de la recherche médicale ou dans le domaine de l'ingénierie? Dans la citation suivante, le phylogénéticien, Guillaume Lecointre (Muséum national d'histoire naturelle, Paris) se lamente du peu de respect que réservent d'autres scientifiques en France (dont le travail porte sur des questions plus empiriques) pour la biologie structurale, une des branches de recherches évolutionnistes (2006 : 72):

Pour expliquer la nécessité du discours évolutionniste dans les sociétés francophones, notons d'abord que la vision du monde du Siècle des Lumières y a eu une influence culturelle et institutionnelle extraordinairement profonde. Cette perspective, la vision du monde ou weltanschauung des Lumières est étroitement liée à des conceptions matérialistes. Et elle a pénétrée profondément aussi bien la conscience collective que les institutions francophones. Dans ce contexte, il est extrêmement difficile à nos élites d'envisager (avec quelque sérieux) une conception des origines autre que “ scientifique ”, c'est-à-dire autre que matérialiste... Il devient manifeste que la théorie de l'évolution s'impose davantage pour des raisons idéologiques que scientifiques. Il faut fournir le mythe d'origines approprié, c'est-à-dire compatible avec la vision du monde des Lumières. Ce n'est pas la science qui exige le darwinisme[57], mais bon nombre d'idéologies et discours qui dominent actuellement l'Occident et qui s'enracinent dans le Siècle des Lumières.

Et pour expliquer la dichotomie des attitudes touchant les origines entre le monde francophone et anglophone, il faut ajouter, à mon avis, un facteur additionnel. Dans le monde francophone, il existe une tradition sociale tendant vers la pensée unique, une tradition qui a des racines historiques fort profondes. Il y a lieu de penser que ce trait s'enracine dans l'héritage culturel catholique qui, dans les siècles passés, a dominé les institutions publiques en France[58]. Il s'agit donc d'une tradition religieuse dominée par l'équation suivante:

Plus tard, lorsque les héritiers des Lumières auront gagné de l'influence dans les structures sociales francophones, ils déplaceront évidemment le discours et les institutions catholiques, mais ne remettront pas en question cette tendance hiérarchique et centralisatrice si caractéristique, cette tendance à la pensée unique. À vrai dire, il y a lieu de penser que les héritiers des Lumières ont même amplifié et exploité à leur profit cette tendance[60]. En général, c'est l'État (et les médias) qui a absorbé les rôles idéologiques joués autrefois par l'Église catholique. Plus près de nous on peut faire un lien avec les lois antisectes plus récentes en France[61] qui ne font que répéter le vieux pattern d'uniformité idéologique catholique[62] et d'exclusion des autres. Dans cette tradition idéologico-religieuse, le discours autre et l'hétérogénéité idéologique provoquent une réaction instinctive de gène et d'inconfort. Malgré l'adulation de ce qu'on appelle l'esprit critique dans nos milieux francophones, on aime toujours ériger et se référer à des autorités morales ou intellectuelles auréolées de grand prestige dont le discours savant révèle aux masses comment penser et se comporter. S'il en est ainsi, est-ce pensable alors que la télé d'État, l'Académie française ou le CNRS[63] aient remplacé les communautés religieuses, les synodes et les saints conclaves[64] d'autrefois en matière d'influence idéologico-religieuse?

Évidemment, le Québec depuis la Révolution tranquille n'échappe pas à ce phénomène[65]. Tout comme en France, le système scolaire y est TRES centralisé et dès qu'il est question de sortir des sentiers battus du politiquement correct, nos grandes institutions et les élites qui les dirigent s'agitent et se font du souci afin de ramener au droit chemin leurs brebis. À ce titre on peut penser au fameux cours d'Éthique et culture religieuse, imposé à tous les élèves québécois depuis sept. 2008. Les traditions idéologiques et les réflexes sont donc fort semblables. Et cette tendance vers la centralisation et la pensée unique influence inévitablement le cadre du débat sur les origines en milieu francophone. Discutant de la menace créationniste en France dans la revue Sciences Humaines, Dominique Chouchan note (2009):

Guillaume Lecointre note pour sa part (≈2003):

Ainsi, en milieu francophone, il est inutile d'intenter des poursuites (comme chez les Américains) contre ces créationnistes si pervers qui cherchent à s'infiltrer dans le système scolaire. Comme l'ont exposé Vincent et Lecointre, les structures centralisées, particulièrement dans le domaine de l'éducation et des communications, apportent une protection blindée au discours darwinien. Il est alors inutile d'initier des procès ou des débats publics. Ce que semblent craindre le plus les évolutionnistes, lorsqu'il est question du débat sur les origines, est simplement un dialogue ouvert véritable, c'est-à-dire un contexte social où les dés ne sont pas pipés et où ils ne contrôlent pas le cadre de tout ce qui se dit dans les grandes institutions. Ils préservent toujours leur monopole idéologique dans la presse écrite et à la télé, mais malheureusement, l'Internet leur échappe encore...

Le monde institutionnel francophone, vit sous les diktats des élites évolutionnistes et peu de voix s'élèvent pour contester ce monopole. Chez les Américains, malgré les rumeurs contradictoires répandues par les médias francophones, le monopole évolutionniste dans le système d'éducation reste entier malgré les remises en question des derniers quarante ans. Mais si on écoutait les médias francophones, il faudrait croire que le créationnisme est enseigné partout dans le système scolaire public américain. C'est tout simplement faux. À ce jour, sur le plan légal, les critiques de l'évolution n'ont même pas gagné le droit de critiquer le darwinisme dans le système scolaire américain et encore moins y proposer des théories alternatives. Cela dit, le débat y est beaucoup plus chaud que chez nous et la bagarre s'y poursuit toujours de plus belle... Au cours des années, les évolutionnistes ont trouvé des alliés indéfectibles chez les juges qui, dans une cause après l'autre, ont élevé un rempart juridique infranchissable afin de protéger le monopole évolutionniste dans le système scolaire américain[68].

On peut se demander quel serait le résultat chez les francophones si en milieu universitaire les évolutionnistes perdaient tout appui étatique et se retrouvaient dans un contexte de “ sélection naturelle des idées ”? Dès lors, les scientifiques seraient libres de poursuivre toutes les théories et de les évaluer sans préjugés. Que la meilleure théorie gagne... Il devient apparent que ce que craint le plus les évolutionnistes c'est de se voir obligé de défendre leurs idées dans un contexte où les voix de leurs adversaires ne sont pas étouffés (ou caricaturés) et pourraient s'exprimer librement... Lorsque cela est possible, les évolutionnistes ont pris l'habitude de refuser ce dialogue[69]. Comme on l'a vu, il est bien plus simple de se terrer derrière des décisions de juges (aux États-Unis) où derrière des barricades institutionnelles centralisées de l'État (France et Québec).

Évidemment, le problème que posent les créationnistes et autres critiques de l'évolution est qu'ils font réfléchir sur des questions fondamentales, c'est-à-dire sur des questions que l'on veut à tout prix prétendre réglées (c'est un autre moyen d'étouffer le débat). Si on en juge du comportement de nos élites, soulever de telles questions est un comportement à réprimer... D'un côté, nos élites nous affirment que la science est caractérisée par le DOUTE. Oui, le doute, mais s'il est question d'évolution, pas trop tout de même... Il ne faut pas en abuser.


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Quelques réactions évolutionnistes à la couverture du New Scientist

Sandwalk (blolgue de Larry Moran biologiste)

EvolutionBlog

PZ Myers (2009) New Scientist says Darwin was wrong Posted on: January 28, 2009 12:27

Haubric, Mike Yes, Virginia, Darwin Was Wrong : (He Was Also Right). Feb 23rd, 2009

Daniel Dennett, Jerry Coyne , Richard Dawkins, & Paul Myers (2009) Darwin was right
18 February New Scientist no. 2696 (Trois évolutionnistes réagissent)



Notes

[1] - Sur Eggen, voir: L'ADN bovin décrypté... par un créationniste! La Libération mai 2009.

[2] Voir à ce sujet:Vardiman, Larry; Snelling Andrew A. & Chaffin, Eugene [éds.] (2000) Radioisotopes and the Age of the Earth (RATE) Volume I: A Young-Earth Creationist Research Initiative. Institute for Creation Research & Creation Research Society 676p.

Vardiman, Larry; Snelling Andrew A. & Chaffin, Eugene [éds.] (2005) Radioisotopes and the Age of the Earth, Volume II. Institute for Creation Research & Creation Research Society 876 p.

[3] - Dont les recherches remettent en question la cosmologie dominante et l'âge de l'univers.Williams, Alex & Hartnett, John (2005) Dismantling the Big Bang. Master Books Green Forest AR 330 p.

[4] -Hartnett, John (2007) Starlight, Time and the New Physicis. Creation Book Publ. 232 p.

Sanford, John C. (2005) Genetic Entropy & The Mystery of the Genome. Ivan Press 224 p.

[5] - Wilder-Smith, A. E. (1970/1981) The Creation of Life: a cybernetic approach to evolution. Master Books San Diego 269 p.

[6] - En français: “ Contes de fées darwiniens: Gènes égoïstes, erreurs d'hérédité et autres fables de l'évolution. ”

[7] - Voir: RUSE, Michael (2006) La religion de l'évolution. (propos recueillis par Th. Lepeltier) p. 28 Sciences & Avenir no. 168 février

[8] - Voir aussi un article plus récent de Yockey Origin of life on earth and Shannon's theory of communication (2000). L'abstract de l'article affirme:L'origine de la vie et de son défi méthodologique. (J. Theor. Biol. 187, 483-694). La question est de savoir si une partie ou le tout de ce processus historique peut être accessible à l'expérience ou au raisonnement humain, car rien n'exige que les lois de la nature soient plausibles ou même intelligibles pour l'humanité. Bohr (Bohr, N., 1933. Light and life. Nature 308, 421-423, 456-459) a fait valoir que la vie est compatible avec, mais indécidable par le raisonnement humain de la physique et de la chimie. Il se peut que les scientifiques se rapprochent de plus en plus du mystère de l'apparition de la vie sur Terre, mais, tout comme Achille dans Zénon, sans jamais parvenir à une solution complète.*

[9] - Touchant l'abiogenèse, voici une question que peu d'évolutionnistes osent explorer : “ Si la première cellule ayant la capacité de se répliquer a été produite par des processus chimiques aléatoires, comment se fait-il que les scientifiques ne sont toujours pas en mesure de reproduire la synthèse d'une seule cellule (dans les mêmes conditions) après plus de cent années de recherche biochimiques? ” Cet état de choses est inexcusable. Ou bien la vie existe ou elle n'existe pas. La transformation est binaire, comme un interrupteur, soit en position ouverte/fermée. On ne peut se cacher derrière des millions d'années ici, car il s'agit d'un événement instantané. Si la première cellule capable de se répliquer a été produite par des événements chimiques aléatoires, un scientifique devrait certainement pouvoir les reproduire.

[10] - Pour éviter les filtres des médias francophones et accéder directement à l'argumentaire des diverses critiques de l'évolution, consultez la bibliographie supplémentaire (Sources : le débat sur les origines) de mon essai Fuite de l'Absolu, volume 2.

[11] - Pour un échantillon typique de ce genre de rhétorique, voir un document du Conseil de l'Europe:
LENGAGNE, Guy (2007) Les dangers du créationnisme dans l'éducation. Rapport de la Commission de la culture, de la science et de l'éducation [Doc. 11297]
Et un livre par Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau:Les créationnistes. Une menace pour la société française ?, Syllepse, 136 p., 2008,

[12] - On utilise aussi le terme “ Arbre phylogénétique ”.

[13] - Si toutefois on accepte sans réserve la définition de l'espèce évoquée actuellement en biologie. Chez les unicellulaires, malgré cent cinquante ans de recherches, il n'existe pas de définition de l'espèce universellement acceptée. Si le Biological Species Concept proposé par Ernst Mayr n'a pas été largement accepté chez les biologistes c'est en partie à cause des problèmes que pose la reproduction asexuée et les échanges d'ADN chez les unicellulaires.

[14] - À vrai dire, en milieu anglophone, les voix pour critiquer le concept de l'arbre de vie, se font entendre depuis un bon moment. Par exemple, Norman Macbeth notait en 1971 (p. 14) :

[15] - Mais cela devrait les flatter un peu de savoir qu'ils sont lus des hérétiques.

[16] - Texte original :

[17] - Texte original :

Dans un autre texte, Bapteste est d’avis que le darwinisme nécessite un renouvellement en profondeur et note (2007 : 5) :

[18] - Texte original :

[19] - Sous le texte intégral de Lawton, ce site affiche plusieurs commentaires dépités sur son éditorial.

[20] - http://www.newscientist.com/article/mg20126960.100-darwin-was-right.html

[21] - De crainte de faire des affirmations dont il faudrait se repentir plus tard...

[22] - Texte original :

[23] - Cela fait évidemment référence aux Évangiles et aux trente pièces d'argent pour lesquelles Judas a trahi Jésus. Texte original :

[24] - Texte original :

[25] - Texte original :

[26] - Évidemment aux yeux des évolutionnistes, cela implique l'équation science = évolution. Et si on admet cette équation, il en résulte que si l'évolution est remise en question, la science elle-même est en danger! La stratégie rhétorique est fort intéressante. En temps de paix, cela assure le prestige du discours évolutionniste et en cas d'agression et de remise en question, cela assure une protection blindée, car quel imbécile osera, au 21e siècle remettre en question la science?

[27] - Texte original :

[28] - En 1979, lors de mes études universitaires, abordant l'évolution d'une perspective anthropologique, j'ai fait une première exploration du sujet dans mon essai Mythes d'origines et la théorie de l'évolution mais pour ceux qui veulent aller plus au fond de la question du rôle idéologico-religieux de l'évolution, il y a mon dernier livre, Fuite de l'Absolu, vol 2.

[29] - Par exemple, voici deux sondages touchant les opinions des américains sur l'évolution :

USA TODAY/Gallup 2007

Gallup 2006 :

www.gallup.com/poll/21814/Evolution-Creationism-Intelligent-Design.aspx

La réaction de bon nombre d'évolutionnistes américains à ces statistiques est instructive. Ils répliquent que ces sondages sont le reflet du mauvais état de l'éducation des sciences aux États-Unis. C'est un mantra fort utile. Ça ne peut être que la seule réponse à la question. L'éducation scientifique aux États-Unis est donc déficiente, mal faite. La solution (implicite) qu'ils proposent en réponse à ce désastre est donc de pousser plus à fond la machine de la propagande évolutionniste dans le système d'éducation américain (en oubliant qu'elle y domine déjà massivement depuis la Seconde guerre mondiale). Mais il y a quelque chose de curieux dans cette réaction, car depuis la Seconde guerre mondiale, les élites évolutionnistes contrôlent sans partage le système d'éducation américain (ce qui équivaut à une amélioration de l'éducation des sciences, à leur point de vue). Si effectivement l'éducation des sciences est en si mauvaise posture aux États-Unis, en toute logique ils doivent donc prendre une part très large de la responsabilité de cet état des choses... Pas question non plus de songer au fait que le rejet de l'évolution par une part significative de la population américaine puisse être un indice de certaines faiblesses de ce discours. Mais puisqu'une telle option ne règle rien, elle ne sera même pas considérée en milieu francophone.

[30] - Ou encore l'affirmation que “ Les Américains sont conservateurs ”, mais qu'est-ce que cela veut dire exactement dans ce contexte? Est-ce que cela explique quelque chose? Autant affirmer que "Les Américains habitent l'Amérique du Nord ". L'affirmation est vraie, évidemment, mais explique-t-il quoique ce soit touchant l'avis des Américains sur l'évolution?

[31] - Ainsi qu'une note à la fin de la page 61.

[32] - Il faut noter que peu de temps avant la publication de cet article, le hasard m'a servi une leçon d'humilité. Au cours de mes vacances, je me suis procuré une copie usagée d'une critique classique de l'évolution par Norman Macbeth. Et j'ai constaté qu'il consacre tout un chapitre (le 4e) à cette question. Entre autres, il remarque (1971 : 31) :

Bon la pensée d'avoir proposéun concept original en a pris un coup, mais d'autre part, je constate que Macbeth arrive à des conclusions assez semblables aux miennes. En somme, l'argument reste toujours aussi solide. Mon impression est que les évolutionnistes ont exploité une astuce utile et fréquemment exploitée, c'est-à-dire de ne pas tenir compte de l'argument et espérer qu'il sera oublié... Évidemment, mon argument touchant l'extrapolation me paraît désormais beaucoup moins original, mais le problème qu'il pose pour l'évolution reste entier.

Il faut avouer que les arguments faisant appel à l'extrapolation ont été exploités bien avant Darwin. Avec la montée de la science aux 17e et 18e siècles, le concept que le monde était ordonné et assujetti à des lois avait acquis un très grand prestige. Plusieurs penseurs liés aux Lumières ont donc proposé le concept philosophique ou religieux que nous pouvons extrapoler la méthode de la science au-delà des processus observables et l'exploiter pour expliquer le passé. Sur le plan philosophique, cela implique l'idée un peu naïve que, puisque nous avons toujours observé les choses se comporter selon les lois naturelles, ils doivent avoir toujours conduit naturellement. Cela implique que notre expérience des phénomènes naturels sert de limite à ce qui peut être considéré admissible ou pensable. Sur le plan religieux, cela pouvait aboutir à un déterminisme naturel auquel même Dieu ne saurait échapper. C'est d'abord dans le domaine de la géologie, dans les ouvrages de Louis Leclerc, comte de Buffon et de Charles Lyell, que ces idées furent considérées. Pour Buffon et Lyell, si les processus d'érosion ou de dépôts de sédiments se font lentement aujourd'hui, il leur semblait nécessaire que dans le passé ces processus se soient déroulés de la même manière. En imposant ce principe simple sur la géologie, on se donnait désormais un cadre historique (non pas simplement descriptif) pour expliquer la géologie terrestre. Cela rehaussait l'intérêt de la géologie, qui n'était plus que descriptif et commercial, mais en faisait un outil d'interprétation historique. Comment refuser voir accroître le prestige de son champ de recherche? Et pour les penseurs liés aux Lumières, cela comportait plusieurs avantages fort intéressants. D'abord, cela accaparait le prestige de la science à leur discours, mais cela discréditait également le récit du Déluge (qui servait de cadre interprétatif pour la géologie jusqu'à lors) et repoussait la Création (et le Créateur) dans un passé lointain et insondable. Et, bien entendu, le Créateur, suite à la publication de l'œuvre de Darwin, a mis définitivement au chômage. Mais, à l'époque, pour repousser ce genre d'extrapolation, cela aurait exigé souligner les limites de la science (c'est-à-dire à l'étude de processus observables) et en général rien n'indique que même les scientifiques chrétiens les plus dévots ont pu envisager la chose. Le concept a donc fait son chemin, avec les résultats que l'on connaît.

[33] - Même la cellule la plus simple peut faire une tâche dont le super-ordinateur le plus puissant est incapable de réaliser. Avez-vous déjà observé un superordinateur produire une copie fonctionnelle de lui-même, sans intervention extérieure?

[34] - Et pour se faire une petite idée de la complexité qu'implique une simple cellule, on peut examiner un outil pédagogique produit par des chercheurs de Harvard : le clip The Inner Life of the Cell.

The Inner Life of the Cell

[35] Voir à ce sujet l'article de Suzan Mazur (2008).

[36] - Une autre stratégie rhétorique fort intéressante est d'affirmer “ qu'il ne faut pas conclure que les données de la génétique ou de la microbiologie puissent invalider la théorie de l'évolution. Elle est seulement plus complexe que Darwin ne l'imaginait... ”

[37] - Le plus près qu'on parvienne à la remise en question de l'évolution dans ce no de S&V est l'affirmation (Chambon 2009 : 68) : “ Non qu'elle vacille sur ses bases, mais plutôt qu'elle se voie contrainte d'intégrer des données apparemment contradictoires. ”

[38] - Et à la phrase suivante, on poursuit en affirmant (2009 : 54) Démonstration faite dans pages qui suivent, en forme d'hommage à celui [Darwin] qui a rendu l'histoire du vivant cohérente, rationnelle, pensable. ” c'est-à-dire compatible avec la vision du monde des Lumières.

[39] - Chez les anglophones, la question de l'ostracisme des critiques du darwinisme a été abordée en 2008 par un documentaire américain portant le titre Expelled : No Intelligence Allowed avec Ben Stein. Sur un ton parfois satirique, on y examine les sanctions encourues par des astrophysiciens, neurochirurgiens, biologistes et même une journaliste qui ont osé remettre en question l'orthodoxie évolutionniste. Plus récemment, on a vu la publication du premier tome de la série Slaughter of the Dissidents par le biochimiste américain Jerry Bergman examinant de manière plus poussée encore les conséquences de l'Inquisition darwinienne sur la vie de scientifiques, chercheurs et enseignants ayant osé remettre en question le fait l'évolution.

[40] - Grassé occupa la chaire de zoologie de l'Université de Paris, élu membre de l'Académie des sciences et fût également l'éditeur de la série de référence : Traité de zoologie (38 volumes). Et ces observations ne pas sont faits pour remettre en question les initiatives de Grassé, car s'opposer à la perspective dominante, même avec un poste scientifique assuré, exige un courage que tous n'ont pas.

[41] - Le mot est tiré d'un article de Philippe Grangereau et Bruno Icher (2005) Et Dieu ramena sa science sur Arte. Libération - 5 novembre “ Arte, qui s'est rendu compte tardivement de la nature tendancieuse de ce film sur les origines de l'homme, n'a pourtant pas jugé bon de le déprogrammer, mais a bricolé un débat de dernière minute à la fin du film. ”. Terme vide s'il en est, car tous ont leur salade à vendre, tous sont tendancieux... Cela ne nous renseigne d'aucune manière sur le contenu ou la qualité de la pensée de Dambricourt-Malassé, mais livre un renseignement important sur la perception de l'interlocuteur qui exploite ce terme à son égard. Chose certaine, il n'aime pas...

[42] - Une telle affirmation serait sans doute admirée des imams les plus rigoristes, chez qui toute critique de Mohamed (caricaturale ou non) est aussi inadmissible, exclue.

[43] - Biochimiste australien, impliqué dans le courant du Dessein Intelligent.

[44] - Comme si les évolutionnistes avaient des leçons d'honnêteté à donner après les scandales de l'Homme de Piltdown, du Nebraska, la “ loi de récapitulation ” de la phylogenèse par l'ontogenèse chez les embryons proposée par Hæckel, les photos trafiquées de phalènes du bouleau par Kettlewell, les Tasaday et l'Archaéoraptor, ces deux derniers cas promus par la prestigieuse revue américaine National Geographic... (voir Briggs 2001).

[45] - Si on admet ce présupposé, on peut se dispenser de discuter de questions empiriques. Ce serait une perte de temps...

[46] - Pour expliquer le phénomène de la combustion.

[47] - Évidemment, ne demandez pas pourquoi la société est en mal de repères... Ignorez cette question.

[48] - Voir aussi à la fin de ce clip vidéo : Si Patrick Tort devait citer Charles Darwin et son Origine des espèces.

[49] -Et quelle est au juste cette vision du monde?

[50] - Cela implique inévitablement que les systèmes idéologico-religieux dominants au XXe et XXIe siècles ont besoin de la théorie de l'évolution puisque celle-ci complète ces systèmes de pensée. Son importance institutionnelle en Occident serait donc liée à ce fait bien plus qu'à sa contribution (hypothétique) au progrès de la science. Mais à ce sujet, laissons le dernier mot à un littéraire (Beer 2000: 13) :

[51] - À quoi S. se réfère-t-il ici? Le siècle des Lumières inévitablement...

[52] - Jusqu'à la fin du XIXe siècle, il était plutôt scandaleux en Occident d'admettre qu'on était athée, (possible qu'on voyait plus clairement qu'aujourd'hui les implications éthiques de cette position). Une position plus confortable, le déisme affirmait l'existence d'une divinité, mais d'une divinité qui n'avait pas d'autre rôle que celui de Cause Première, rôle fixé par Aristote. Il s'agissait évidemment d'une divinité lointaine, sans influence réelle sur la vie humaine dans le quotidien. En somme, elle jouait un rôle comparable à celui d'une variable dans une équation... Utile sur le plan logique, mais sans autre signification véritable. Le déisme était, jusqu'à lors, une nécessité, et ce, pour deux raisons :Sur le plan logique, il n'y avait pas d'explication plausible des origines de la vie et du cosmos.Sur le plan moral, assez difficile encore, car comment soutenir un code moral public sans Législateur divin ? Après Darwin, le déisme devient, somme tout, caduc. Il a joué son rôle. Mais l'évolutionnisme est une source plutôt douteuse pour la morale. Toutes les incohérences sont alors permises. Commentant ce dilemme chez les évolutionnistes britanniques Simpson et Julian Huxely, John C. Greene note (1981 : 174-175)

[53] - Notez l'équivalence ici entre le mot science et présupposés matérialistes. Il s'agit d'un glissement significatif, mais courant dans le discours moderne.

[54] - À quoi pense Lewontin ici ? Bien difficile de le savoir, mais il est possible que cela ait un lien avec le défi que pose l'origine de la première cellule, ce qu'on appelle l'abiogenèse.

[55] - Dans un lapsus, Richard Dawkins semble admettre la même chose (1986/1989 : 292) :Aux yeux de Darwin, tout l'intérêt de la théorie de l'Évolution par sélection naturelle était qu'elle fournissait une explication non miraculeuse [matérialiste] des adaptations complexes.Pourquoi “ tout l'intérêt de la théorie de l'Évolution ” ? Cela souligne à nouveau la nécessité avant tout idéologico-religieuse de cette théorie...

[56] - Tout comme le souligne une note à la revue scientifique prestigieuse Nature par Scott Todd, immunologue à l'université Kansas State, a déclaré (1999 : 423): "Even if all the data point to an intelligent designer, such an hypothesis is excluded from science because it is not naturalistic".

[57] - Pour se guérir de ce préjugé, suffit d'un peu d'histoire des sciences. Avant l'époque moderne, la majorité des scientifiques étaient créationnistes. Décrivant les attitudes cosmologiques du physicien Isaac Newton, le mathématicien athée, Bertrand Russell, admet (1971: 40-41):

[58] - Même la politique, on n'a qu'à penser à Richelieu et Mazarin. L'édit de Nantes à été pour la France une occasion critique et unique pour renverser cette tendance, mais l'occasion a été ratée.

[59] - Tradition millénaire dans le cas du christianisme qui a commencé avec l'Édit de Milan (en 313) émis par Constantin et qui s'est vue exprimée de manière formelle en 1555 à la paix d'Augsbourg (sous la formule : Cujus regio, ejus religio). En milieu anglophone, cette tradition s'est lentement érodée après la Réforme, particulièrement avec l'arrivée des anabaptistes au XVIe siècle rejetant l'équation : un territoire/société/État = une religion/Église, en particulier le droit de l'État de s'ingérer dans la vie de l'Église (chose commune à l'époque). Il faut signaler que dans le monde antique, l'équation État/société/territoire = une religion était la norme. Dans le monde islamique, cette équation reste non seulement très importante, mais constitue un idéal recherché. Dans le cas du christianisme, cette équation serait plutôt une mutation, une aberration. Dans le cas de l'islam, cela fait partie de l'ADN initial. Dans l'histoire du monde francophone, peu d'intervenants ont contribué à éroder cette équation et, somme tout, la tradition issue des Lumières l'a plutôt renforcé.

[60] - Dans le contexte catholique, malgré tout, une certaine marge de manœuvre existait et pouvait être exploitée. On n'a qu'à penser au débat de Pascal avec les Jésuites au 17e siècle dans les Provinciales.

[61] - Voir à ce sujet : Duval, Maurice (2005?) La Recherche : La “ secte ”, un tabou de la recherche ethnologique. Hors série n°14

[62] - Sous ses formes les plus violentes, on peut penser d'abord à l'attitude catholique à l'égard des huguenots (la St-Bartélémie) et plus tard, à la Terreur.

[63] - C'est un point qui n'est pas pour scandaliser un penseur anglophone tel que Richard Lewontin. Discutant du rôle de légitimation joué par les autorités religieuses d'autrefois en Occident, Lewontin souligne de quelle manière les élites scientifiques ont repris ce rôle (1992 : 8-9) :

[64] - Dans le cas de l'Académie, jusqu'aux robes longues et splendides... Est-ce un hasard d'ailleurs que cette institution fût fondée par un prélat (en 1635, le cardinal Richelieu)?

[65] - Bien que l'influence des Lumières soit plus tardive chez nous et n'est devenue dominante qu'à partir de la Révolution tranquille, c'est-à-dire des années 1960-70, où l'État de la province du Québec a repris nombreuses institutions sociales (dont l'éducation et la santé) pour les soustraire à l'influence catholique. Aujourd'hui l'Influence dite moderne, progressiste et politiquement correcte domine sans partage les médias et institutions québécoises. Chose étonnante, il arrive que des membres de l'establishment médiatique manifestent un début de prise de conscience à ce sujet. Ombudsman à la Société Radio-Canada, Julie Miville-Dechêne, dresse un portrait de la situation et souligne la tendance à la pensée unique dans les médias québécois [francophones] (2009) :

[66] - En 2005, la Kansas Board of Education a émis un énoncé, contesté il va sans dire, sur les standards dans les cours de science de cet État permettant la critique de la théorie de l'évolution.

[67] - Et Les raisons culturelles auxquelles fait allusion Lecointre n'est-ce pas justement l'influence des Lumières chez les francophones?

[68] - Pour une liste non exhaustive des procès aux États-Unis, voir Tungate (2005).

[69] - Cela fut confirmé à nouveau lorsque Eugenie Scott, directrice de la National Center for Science Education aux Etats-Unis, a émis un communiqué (1994) aux professeurs d'université, leur recommandant d'éviter tout débat public avec des créationnistes. Depuis la consigne a été largement respectée. Participer à un tel débat implique une remise en question implicite, c'est-à-dire l'admission que tout n'est pas réglé, que des théories alternatives peuvent êtres considérés sur la question des origines en toute légitimité. Pour les élites évolutionnistes, garder le contrôle du discours sur la place publique et limiter les dérapages est donc essentiel. Discutant de l'attitude du technocrate, Saul offre un commentaire tout à fait pertinent dans ce contexte (1993 : 117) :