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Samizdat

Homophobie:
déconstruction d'un concept "politically correct".



If liberty means anything at all it means the right to tell people what they do not want to hear. (George Orwell - Preface to Animal Farm)



Paul Gosselin ©2003


Dans le texte qui suit les termes gai ou gaie sont sont toujours notés avec guillemets. L'intention est de souligner le caractère idéologique ou marketing du choix de ce terme par les élites homosexuels. Ce choix n'est certes pas neutre, mais sert à des fins de propagande.

Récemment on m'a fait part de commentaires sur un témoignage paraissant sur ce site. Il s'agissait du témoignage d'une lesbienne devenue chrétienne et ayant abandonnée l'homosexualité. Mon interlocuteur s'objectait à ce texte en prétextant qu'il s'agissait d'un discours "homophobe". Mon interlocuteur affirmait que:

On peut évidemment poser la question pourquoi serait-ce "homophobe" que de rendre témoignage au fait qu'un homosexuel peut changer de comportement et abandonner le style de vie "gaie" ? Pourquoi serait-ce donc "homophobe" que de rendre témoignage au fait qu'un homosexuel peut changer de comportement et abandonnée le style de vie "gaie" ? Est-ce qu'un tel discours serait si dérangeant qu'il faille en faire une "fiction" et l'affubler immédiatement de "haineux" pour l'isoler comme le virus du SIDA, pour éviter la contagion ? Sans doute on peut admettre que toutes sortes de catégories de gens s'affichent comme "gais" et de ce fait, qu'il soit presque impossible de définir avec quelque précision, un "style de vie "gaie".

Les termes "homophobe" et "homophobie" sont utilisés fort abondamment par les militants gais ainsi que par les médias, mais presque toujours sans définir, au préalable le contenu de ces termes. Qu'en est-il exactement ? Que signifient ces termes ?

Il est possible que "straights" et "gais" pourraient s'entendre sur le fait que le terme "homophobie" pourrait comprendre, de manière légitime, les notions suivantes:

Mais, règle général, ça ne s'arrêt pas là. Dans l'usage courant des termes "homophobe" et "homophobie" chez les médias et les élites "gaies"", on va bien au-delà de ces points. Habituellement la notion d'homophobie implique aussi (et surtout):

Ce dernier ajout me semble, pour ma part, inadmissible. Si la majorité des états modernes admettent la liberté de parole, cela implique que l'on est libre de critiquer le discours catholique, protestant, américain, musulman, féministe, palestinien, israélite, communiste ou socialiste. Pourquoi serait-il alors illégitime alors de critiquer l'idéologie "gaie" ? Pourquoi devrait-il être mis à l'abri de la "sélection naturelle" des idées sur la place publique ?? Pourquoi chercher un statut particulier pour l'idéologie "gaie" ? Cela implique que tous doivent faire preuve de tolérance à l'égard de l'idéologie "gaie", mais que les "télé-évangélistes" de l'idéologie "gaie" ne seront aucunement tenues d'en faire à l'égard des autres... Mais si les "straights" n'ont pas droit à l'égalité, tous s'explique alors... Certains, comme mon interlocuteur, voudraient faire de telles critiques "un crime haineux". Il est temps de faire cesser cette censure implicite que l'on veut appliquer à tout débat sur la place publique, car il y a là une censure hypocrite, une censure qui ne s'admet pas... Dans la préface de son roman Animal Farm George Orwell affirmait sèchement: "If liberty means anything at all it means the right to tell people what they do not want to hear."

Utilisons la même logique dans un autre contexte. Est-ce qu'il serait légitime, par exemple, de déclarer toute critique des politiques de l'État d'Israël comme faisant preuve d'anti-sémitisme ou le qualifier de crime haineux contre les Juifs ? Je pense que peu de gens trouverait cela admissible, même chez les Juifs sionistes les plus ardents. Au Canada, avec le passage de la loi C-250, des réflexions telles que celle-ci courent maintenant le risque de devenir illégales, criminelles. Le projet de loi C-250 amende le Code criminel de manière à ce que les protections prévues à l'égard des personnes en fonction de leur race, couleur, religion et origine ethnique, soient étendues à la notion "d'orientation sexuelle". Dans ce contexte, tout discours qui serait qualifié de "propagande haineuse contre les gais et lesbiennes" ne serait plus seulement dénoncée, au Canada, mais passible d'accusations criminelles. Le texte de la loi C-250 prévoit une sanction maximale de cinq ans de prison pour les contrevenants. Ainsi, un pasteur ou un curé, dans son église, ou un chrétien, dans son lieu de travail, qui affirme que "Les Écritures déclarent que l'homosexualité est un péché" serait passible de prison ? C'est rassurant de vivre dans un tel pays où on protège ainsi la liberté de parole...

Cette censure qu'on veut appliquer aux critiques du discours gai est curieuse, car elle rappelle le cas d'Alan Sokal (physicien à la New York University), qui avait monté une arnaque subtile pour leurrer des revues académiques snobs. Sokal a rédigé un article savant sur la physique quantique (1996), truffé de jargon scientifique, affirmant des thèses totalement bidons[1] avec comme objectif de voir s'il pourrait se voir publier dans une revue prestigieuse d'études postmodernes s'il flattait les éditeurs en faisant usage du langage attendu. Pari gagné ! Mais ce fut un scandale lorsqu'il révéla la supercherie. Examinant les répercussions de ce scandale, Jacques Bouveresse s'étonne que certains intervenants français (adeptes d'études postmodernes aussi) tolèrent si peu une telle critique. Un phénomène récent, semble-t-il. Les commentaires de Bouveresse ont leur place dans le contexte présent, touchant la notion d'homophobie (1998)

Dans un essai sur le postmodernisme, l'américain Gene Edward Veith examine la tendance postmoderne à tuer toute discussion véritable (1994: 57-58):

Est-ce possible que l'idéologie "gaie" soit si fragile, qu'il faille le protéger par des mesures extraordinaires, des mesures de censure ? Est-ce pensable que dans son usage courant la notion de homophobie est habituellement gratuit ? C'est-à-dire qu'on pourrait le définir de manière tout à fait banal comme (dans la bouche des élites "gaies") "tout discours sur l'idéologie "gaie" que je n'aime pas"... Au bout du compte, on abouti à une censure tout à fait comparable à celle des imams musulmans qui ne tolèrent pas les caricatures de Mahomet.

Les accusations d’homophobie sont d’autant plus faciles que ce concept est une arme idéologique fort efficace. Par définition on considère donc que celui qui remet en question le comportement homosexuel "craint" et/ou haït les homosexuels. Le terme homophobe fait déjà du critique de l’idéologie gaie un déséquilibré, irrationnel, sujet à des phobies. Il s’agit d’une personne qui a un problème. La tactique est extraordinairement efficace; marginaliser, faire taire le critique, le discréditer. On ne s’intéresse pas aux motifs de la critique, ni au comportement réel de la personne qui avance une telle critique. La défense n’a même pas à comparaître afin de plaider sa cause car ce jugement est sans appel. A priori, une telle critique est jugée inadmissible. Inutile de l'entendre... Cette manière de poser le débat est une arme idéologique d’autant plus efficace qu’elle permet d’évincer tout critique de l’homosexualité. L'homosexuel est toujours victime et le critique de l'idéologie gaie est toujours un réactionnaire borné, intolérant, etc. etc. Ce scénario est si inévitable, si prévisible. Évidemment, dans une telle perspective, la distinction chrétienne entre péché et pécheur (aimer le pécheur mais pas le péché) doit être évacué de force car elle a la fâcheuse conséquence de rendre l’homosexuel responsable de ses actes. C'est étrange, mais dans nos médias, on a fait du critique actuel de l’homosexualité un portrait semblable à celui qu’on faisait de l’homosexuel(le) à l’époque victorienne: un être suspect, répulsif, voir démonisé. Ironique, n’est-ce pas ? Les chasses aux sorcières se suivent, mais ne se ressemblent pas…

Mais la mise en place de cette notion d'homophobie est d'autant plus efficace si de plus on peut en faire un "crime haineux"... C'est un truc extraordinaire! Ce serait bien amusant de jouir du pouvoir de faire mettre en prison tous ceux qui affirment des choses qui ne nous plaisent pas, qui nous font grincer les dents et qui remettent en question nos façons de voir les choses. La vie serait tellement plus simple... Ce n'est pas ainsi que l'on procéde habituellement dans la majorité des régimes démocratiques en Occident, mais dans bon nombre de régimes totalitaires, oui. Serait-ce possible d'admettre qu'il s'agit d'un manque de tolérance... de la part des gais, dans ce cas-ci?? Meunon, meunon, tous "savent" que les gais sont toujours les victimes et les straights, toujours les oppresseurs. Il ne faudrait tout de même pas déranger les préjugés, stéréotypes et les certitudes “politically correct” de l'homme postmoderne. Ce serait trop demander...

Les "gais" religieux
Évidemment si on ne s'identifie pas au christianisme, les contraintes des Évangiles ne concernent pas le lecteur. C'est le droit de tout individu que Dieu a mis sur terre. On est libre de choisir. Mais il y a un phénomène curieux. Le discours matérialiste dominant de nos élites "politically correct" ne nous enseigne-il pas que nous venons de nulle part et que nous allons nulle part? Il n'y aurait pas de Grand Législateur qui nous dicte sa loi. Alors, en toute logique, chacun fait sa moralité. Nous sommes tous de petits dieux... Personne ne peut te dire que leur moralité est meilleure, mais dans un tel cas, où toutes les "vérités" sont bonnes, aucune n'est vraie, universelle. L'amour, la haine, guérir, tuer, comportements "gais", "straights" ou pédophiles, agir de manière aimable ou emmerder tous sur son passage, pourquoi se soucier de telles distinctions alors dans l'univers matérialiste ? C'est le rejet des absolues. Hitler, Jésus, Staline, Mahomet et Pol-Pot auraient donc tous également raison ? Le psychiatre allemand Viktor Frankl appel ce phénomène du monde post-chrétien, le vacuum existentiel. Il note (1971: 168)

S'il n'y a pas d'absolues, pas d'Être neutre au-dessus de tous, alors tout se réduit à une question de marketing et de contacts médiatiques. La question comporte une charge émotive très forte, mais si on rejette une moralité absolue ayant ses fondements dans la vision du monde judéo-chrétienne et on entre effectivement dans l'univers matérialiste/relativiste, il faut en tout logique accepter et tolérer ceux qui traquent et tuent les homosexuels. De quel droit les jugera-t-on ? Au nom de quelle Grande Moralité les condamnera t-on? Qui sera le garant de cette moralité? Ouais, je sais, le consensus, le bien commun, etc. mais il est nécessaire de justifier et fonder ses jugements et ne pas les offir de manière gratuite. Mais pour éviter de réfléchir sur la question, certains m'accuseront peut-être d'encourager un tel comportement. C'est un truc comme un autre... À cette accusation je repliquerais que le christianisme nous indique que le pécheur aussi est fait à l'image de Dieu, mais si on quitte la vision du monde judéo-chrétienne cette barrière disparaît complètement...

Nietzsche, plus que bien d'autres, dans son essai Le gai savoir, a bien pressenti quel pouvait être l'aboutissement moral du matérialisme lorsqu'il a décrit la fin de "l'esprit libre" qui poursuit jusqu'au bout ses convictions (1882/1950: 290) et qui a été prêt à expérimenter la:

Mais bien nombreux sont ceux qui ont vu de loin ces "abîmes" et qui n'ont pas l'audace et la conséquence de Nietzsche pour accepter les résultats logiques du matérialisme. Chez les gais, par exemple, nombreux sont ceux qui perçoivent de loin cet abîme et reviennent sur leur chemin pour recycler des concepts chrétiens, se forgeant un dieu "tolérant", réconfortant, une divinité "politically correct", à leur image...


Les stéréotypes, de part et d'autre
Si on compare les attitudes actuelles des médias à l'égard des gais et les chrétiens, les chrétiens sont bien plus marginalisés actuellement que ne le sont les gais. Au Québec, par exemple, presque tous les téléromans ont, à priori, un personnage gai sympa, tandis que presque sans exception tout personnage chrétien (s'il existe) est abordé de manière stéréotypée, négative. Ils sont fanatiques, manipulateurs, bornés, avares, etc. etc. Le gais sont entourés d'un aura de chic, tandis que le chrétien est entouré d'un aura de m... mépris.

Par exemple, la série de dessins animés les Simpsons, bien qu'original et rigolo par moments, est une suite sans fin de préjugés à l'égard des chrétiens. Que nous dit cette série ? En somme, que les chrétiens sont des êtres pervers, hypocrites, constipés sur le plan culturel, fanatiques, irrationnels, ennuyeux, avares d'argent, et dans le meilleur des cas, des gens sincères, inoffensifs et, tout en étant débile légers... De cette émission, on pourrait faire le catalogue des préjugés postmodernes à l'égard des chrétiens. Cette émission s'affiche vulgaire, donc pas "politically correct", mais si on ignore les vulgarités, sur le plan idéologique elle est tout à fait dans les lignes de pensées "politically correct". Les élites matérialistes tel que le feu Stephen Jay Gould y sont adulés. Si cette émision n'avait pas une ligne de pensée PC, elle n'aurait jamais vu le jour. De telles émisions nous en disent long non seulement sur les attitudes et préjugés des producteurs de l'émission, mais en particulier de celles des personnes qui font les choix de la programmation des grandes chaînes de télé en Amérique et ailleurs.

Dans le cas du film Chocolat (avec Juliette Binoche et Johnny Depp), les individus qui s'identifient au christianisme (le catholicisme, auquel je ne m'identifie pas personnellement) sont présentés comme étroits d'esprit, racistes, emprisonnés par des scrupules inutiles, hypocrites, etc. Et des exemples du genre, dans la culture populaire, on pourrait en multiplier à la nausée. Mais si on traitait les gais de la sorte, ce serait la tollé !! On organiserait des sit-ins de protestation et des campagnes de boycott contre les firmes qui oserait faire la promotion de tels discours "haineux" ! Mais si c'est à l'égard de chrétiens, qui s'en soucie ?? Cette haine-là est "invisible", car elle est justement promue[2] par les nouvelles élites religieuses postmodernes, c'est-à-dire les médias et les milieux juridiques. Où est donc la tolérance, la haine et la phobie??


Une idéologie "gaie" ?

Pour le plus grand nombre, la notion d'une idéologie "gaie" ne signifie rien. Qu'en est-il ? Tout d'abord, il faut noter que "idéologie "gaie" constitue une, parmi tant d'autres, des religions invisibles de notre génération "politically correct". En sociologie, la notion de religion invisible est de l'histoire ancienne, car en 1970 Thomas Luckmann a écrit un petit bouquin, toujours utile, portant le titre: The Invisible Religion. Dans cette étude, il examine le phénomène des idéologies implicites en Occident.

L'idéologie "gaie" n'est donc qu'une sous-espèce de l'idéologie "politically correct" (ou "pc") qui, à son tour, n'est qu'une sous-espèce de la vision du monde matérialiste qui a dominé l'Occident depuis la fin du 19e siècle. Dans la vision du monde matérialiste, en opposition à la vision du monde judéo-chrétienne par exemple, toute question morale est relative. Il n'y a pas de Grand Législateur, donc pas d'absolus. Tous font leur propre moral. Vu les présupposé de la vision du monde auquel se rattache l'idéologie "gaie", il faut aussi poser les questions suivantes à nos élites pc:

Ce ne serait pas chez les nations avec un fort héritage judéo-chrétien par hasard ? Baaah... On est sans doute mieux en Arabie Saoudite par exemple où l'on a décapité, 3 personnes soupçonnées d'être homosexuelles (revue québécoise l'Actualité mars 2002, p. 46). Hé non, ce n'est pas au moyen âge, c'est en 2002. Est-ce possible alors que ce type de comportement tombe dans la catégorie d'"homophobie" ? Touchant l'Arabie Saoudite, le ministère des Affaires Extérieures du Canada, dans son document "Conseils aux voyageurs" note (7/9/2005)

Le matérialisme (comme idéologie) en Occident est en déclin (depuis les années 60 je dirais, un déclin graduel sans doute, mais déclin tout de même), car il ne peut donner ou fournir aucune raison qui motiverait l'accord de droits particuliers à l'homme. Dostoïevski a vu juste il me semble, "Si Dieu est mort, tout peut se justifier..." Évidemment certains pensent que les hommes ont un sens inné de la moralité, qu'il s'agit d'un produit de l'évolution. On peut trouver de beaux livres érudits sur les rayons de bibliothèques universitaires à ce sujet-là, qui ramassent la poussière. Ils sont sans intérêt... On pense que la moralité peut exister "comme ça!", sans support, que l'homme est moral, par nature. Mais si on examine les exploits de l'homme moderne comme Auschwitz ou le Goulag, c'est moins évident. Est-ce envisageable qu'un chrétien qui tape à coups de versets bibliques puisse espérer détromper l'homme postmoderne de la notion de moralité inhérente de l'homme? Probablement pas. Mais peut être que les remarques ironiques de Nietzsche (destinées aux Anglais de son époque) peuvent donner à réfléchir. (1899/1970: 78-79)

En fait, l'idéologie "gaie" est un ensemble d'attitudes touchant les rapports entre les sexes, l'identité, le sens de la sexualité, des notions de moral, etc. etc.... La notion de "fierté "gaie" est évidemment un synonyme. La question mérite de plus amples recherches, mais d'emblée l’idéologie "gaie" introduit plusieurs croyances complètement nouvelles en Occident (mais liées évidemment aux grands courants de pensée matérialistes du 20e s.). Voici quelques présupposés tirés du catéchisme de l'idéologie "gaie":

Un autre aspect de la chose est que l'étiquetage est foncièrement un procédé idéologique. Gary Thompson, dans son manuel Rhetoric Through Media, explique ce processus (1997: 453)

Le terme homophobe a donc comme fonction principal d'étiquetter les adversaires idéologiques et en faire des cibles. Des cibles pour le dénigrement, pour la marginalisation, pour les discréditer et pour les faire taire. Et lorsque des promoteurs de 'l'idéologie gaie' proposent, en milieu scolaire, des romans qui dépeignent un homosexuel sympa, la chose n'est cetes pas neutre, car en sciences sociales il est entendu que l'édification d'une identité personnelle est une processus inévitablement religieux/idéologique. Le sociologue amérciain Thomas Luckmann note (1970: 70)

L'anthropologue français Marc Augé note pour sa part (1982: 49):

Il va de soi que les écoles sont intimement liées à ce processus de constitution de l'identité personnelle, sur des questions d'attitudes sexuelles, identités sexuelles, des relations interpersonnelles, attitudes vis-à-vis les groupes ethniques ou raciaux, etc. Il est assez évident que les questions que soulèvent ce processus sont inévitablement idéologiques ou religieuses. Le sociologue américain Jerry Bergman remarque sur la position des organismes qui défendent les écoles laïques comporte ce que les érudits post-modernes appellent un "méta-discours" vis-à-vis les religions traditionnelles et la vision du monde judéo-chrétienne en particulier (1979: 27)

Dans un sens, l'exacerbation de la sexualité est une suite logique de la pensée de Freud qui y voyait le théâtre de toutes les grandes phases de la vie d’un individu. La dissociation famille-couple et procréation-sexe trouve son illustration maximale. L’aspect qui devient troublant pour la majorité est : qu’est-ce qui est permis? Sur le plan moral, l’idéologie "gaie" déclare que les activités sexuelles entre adultes consentants sont légales sous toutes leurs formes. Au Québec cela pose problème, car le Code Civil vient de donner au jeune de 14 ans le droit de réclamer sa liberté sexuelle sous une forme ou une autre. L’affaiblissement des droits des parents, une campagne rusée pour miner leur confiance à titre de tuteur, et l’ensemble des mesures de "surveillance" des activités familiales fait le reste.

Évidemment, la très grande majorité des élites "gaies" vont nier véhément l'existence de l'idéologie "gaie". Il faut s'y attendre. Ca va de soi, surtout que l'exercice de mettre à lumière ses présupposés implicites n'est pas facile. D'un point de vue psychologique, il semble que le phénomène des présupposés ou croyances cachées soit assez courant en Occident postmoderne. Dorothy Rowe, une psychiatre, remarque à ce sujet: (1982: 15)

Bon, la notion d'idéologie ou religion invisible est sans doute difficile à saisir, mais nous y viendrons un peu plus loin. Évidemment, si les élites "gaies" restent en mode "attaque", ils n'auront jamais à faire cet exercice, parfois douloureux, de mettre en lumière leurs croyances, leurs présupposés. Attaquez les straights en les accusant d'être les oppresseurs. Criez haut et fort que vous êtes les éternelles VICTIMES de tout ceux qui osent remettent en question. Et si ça ne vas pas, criez plus fort...

Il y a évidemment idéologie "gaie", sinon pourquoi mon interlocuteur m'aurait-il affirmé par exemple "Je vais tenter de vous expliquer les points sur lesquels il me semble que vous faite erreur" ou encore "tu ne fais aucun effort de compréhension". Je fais donc "erreur", je "ne vois pas les choses correctement", mais de quoi veut-on me convaincre ? Comment DOIS-JE voir les choses... ?? Quelle est cette manière "correcte" de voir l'identité sexuelle, les relations entre les sexes, etc. ?? Qu'est-ce que cette "nouvelle révélation" ? Mais il s'agit bien de l'idéologie ou de la religion implicite des "gais", quoi d'autre ? Il faut sortir le chat du sac, il faut cesser de jouer le jeu des saints innocents... La meilleure preuve de l'existence de l'idéologie "gaie" (on dit "Fierté "gaie" au Québec), c'est que sans elle toute discussion touchant des attitudes "homophobes" serait impossible, vide de contenu, car de quoi voudrait-on nous convaincre ?? Sinon, faudrait parler de la météo, ou du fromage suisse et de la qualité du sirop d'érable québécois j'imagine... Mais j'ai tout imaginé sans doute, on n'a jamais cherché à me convaincre de quoi que ce soit ! Il faut noter que le phénomène d'une telle idéologie invisible a été très bien cerné par le sociologue français, Jacques Ellul. Dans La technique ou l'enjeux du siécle, il note (1954/1990: 331)


Re-définition de la notion de religion.
En anthropologie des religions, la notion de religion[3], dans son sens populaire, a été abandonnée depuis un bon moment et l'on considère sur un même pied les idéologies [politiques] et religions. Tous ont comme fonction de fournir un cadre conceptuel qui donne sens au monde et des stratégies pour tenter de diminuer le sentiment d'aliénation qui frappe, sous une forme ou un autre, tous les humains qui vivent dans le monde déchu. Dans le cas des idéologies matérialistes, il faut constater que le cadre conceptuel est plus étroit et moins riche, mais pour ses adeptes, il sert tout de même à fournir le sens de leur existence. Le cadre conceptuel sert justement de point de repère pour répondre aux grandes questions

Dès que la question des origines (de la vie ou du cosmos) est abordée par exemple, l'intervention d'un mythe d'origines, sous une forme ou une autre, devient inévitable[4]. On utilise de manière interchangeable en anthropologie des religions les termes "idéologie", "religion" ou simplement "système de croyances". Dans ce champ d'études, on considère simplement que la religion est universelle. Aucune société ne peut s'en passer. Thomas Luckmann, auteur du livre The Invisible Religion, note à ce sujet: (1970: 78)

Donc toute société/communauté a une religion ou système de croyances sous une forme ou une autre. La religion est donc universelle, inévitable dans toute société et chez tout individu. Évidemment chez un individu spécifique on peut observer qu'il est "à la recherche" et qu'il n'a pas de système de croyances très cohérent au moment de l'observation. C'est habituellement un phénomène transitoire. Dans les médias populaires le terme "religion" (dans son sens traditionnel, ce qui sert à identifier les grandes religions mondiales) reste en usage, mais il faut se demander si c'est le cas à qui cela peut servir ? Pourquoi ne pas se mettre à jour ? À qui ce le concept traditionnel de religion peut être "utile" sur le plan idéologique? Est-ce pour masquer certaines choses et mieux se positionner...

Touchant un point qui est généralement ignoré Luckmann note que le processus, par lequel se forme nos identités individuelles et est, par ailleurs, fondamentalement religieux. Il l'explique comme suit: (1970: 70)

Le développement d'une identité "gaie" est donc inévitablement idéologique... ou religieux. Comme on l'a noté ci-dessus, les "gais" réclament la condamnation de toute examen critique de leur discours. Qu'en est-il ? Ellul, note pour sa part que l'exclusion de la critique (un tabou sur le discours) est justement caractéristique de la propagande (1954/1990: 335)

Sans doute l'exemple ne plaira pas, mais les nazis ont justement mis en fonction un tel système de canalisation de la pensée, ce qui permet d'éviter certaines discussions, certains sujets. Albert Speer, le grand architecte d'Hitler et le plus haut fonctionnaire du gouvernement nazi, a fait les observations qui suivent concernant cette abdication de la conscience chez les membre du parti (1970: 33)

Touchant ce processus de constitution de l'identité personnelle l'anthropologue KOL Burridge note (1979: 36)

Les sociologues Berger et Luckmann sont d'avis par exemple qu'il faut reconnaître l'identité fonctionnelle des cosmologies qui fondent les conceptions de l'homme dans les mythes religieux et les théories psychologiques modernes. (Berger et Luckmann 1980: 160-161)

Il ne faut donc pas exclure les fonctions mythiques du discours "séculier". L'homme postmoderne se berce souvent d'illusions à cet égard, mais il n'a aucun avantage à ce titre sur ces ancêtres "religieux". Il va de soi que les institutions scolaires sont intimement liées à ce processus de constitution de l'identité personnelle, sur des questions d'attitudes sexuelles, identités sexuelles, des relations interpersonnelles, etc. Ce n'est donc pas une coïncidence de voir introduire actuellement dans les institutions scolaires québécoises de petits bouquins où l'ados héros est un jeune qui lutte pour afficher et faire accepter son identité "gaie". Il est assez évident que les questions que soulève le processus de constitution de l'identité personnelle sont inévitablement idéologiques et/ou religieuses. Le sociologue Jerry Bergman remarque sur la prétendue neutralité idéologique des écoles laïques (1979: 27)

Dans la théorie de la communication, élaborée par l'ingénieur Claude Shannon après la deuxième guerre mondiale, on note qu'en réponse à une question un silence est tout aussi significatif qu'un oui ou un non explicite. Il y a plusieurs manières de communiquer...

Dans les ouvrages de sociologie ou d'histoire lorsqu'on aborde le processus de "sécularisation" (ou laïcisation) qui a affecté l'Occident depuis 150 ans, on donne généralement la version "orthodoxe", qui néglige de souligner le caractère idéologique de ce processus. Luckmann souligne que ce processus n'est pas neutre (1970: 91)

Le processus de la sécularisation en Occident, et au Québec en particulier, ne consiste donc pas simplement dans une désintégration de l'influence des religions judéo-chrétiennes traditionnelles institutionnalisées[6] face aux progrès de la science comme on l'entend généralement, mais coïncide avec la montée concomitante d'autres institutions (politiques, économiques, scientifiques, etc.) et leurs élites associées, chacune produisant et transmettant un système de sens ultime et des valeurs entrant en compétition avec les anciens systèmes de croyances des religions traditionnelles. Il s'agit d'abord d'un processus de remplacement idéologique.

L'ensemble de ces nouvelles institutions constitue une Église invisible qui propage, selon l'expression de Luckmann, une religion invisible. Quelle est cette nouvelle religion - idéologie? Quels sont ces dogmes ?

Puisque cette religion est invisible, elle n'a pas de nom. Pour les besoins de la cause ici on pourrait l'appeler la religion "politically correct" (ou religion pc). Cette religion est d'abord caractérisée par le rejet des grandes religions monothéistes (lorsqu'elles affirment représenter la Vérité), soit l'islam, le christianisme ou le judaïsme. D'autre part dans la religion pc, il y a une vieille garde matérialiste (qui a régné presque sans opposition pendant la majorité du 20e siècle) et une nouvelle garde montante qui prend une position apparemment plus "ouverte" à la religion de manière générale[7]. La vieille garde est fortement identifiée à la Science comme discours porteur de Vérité. C'est ce qu'on appelle le scientisme. Touchant le rôle idéologique du scientisme, Lévy-Leblond et Jaubert remarquent (1975: 41):

La nouvelle garde pc qui a été mentionnée ci-dessus rejette ce dogme que Science = Vérité. Cette nouvelle garde[9] considère que la science est un discours parmi tant d'autres et ouvre la porte à un syncrétisme tous azimuts, où toutes les religions de l'orient, l'horoscope, les cristaux du Nouvel Âge, le néo-paganisme européen (druides et sorcières) et le chamanisme amérindien peut trouver sa place. Rien n'est exclue, sauf les grandes religions monothéistes[10] et le concept d'une Vérité absolue. Ça, la religion pc (nouvelle ou vieille garde) ne peut le tolérer... Au-delà des quelques principes fondateurs, la religion pc est caractérisée par un foisonnement étourdissant de "sectes" de la droite et de la gauche et tout le spectre des croyances post-modernes et post-humaines. L'idéologie "gaie" est donc un sous-ensemble de la religion pc, un peu comme les franciscains ou les maristes constituent un sous-ensemble de la religion catholique ou encore les chiites constituent un sous-ensemble de la religion islamique.

Mon interlocuteur, pour sa part, n'a jamais admis l'existence d'une idéologie "gaie". Notons que sur le plan de la stratégie, c'est excellent comme approche. Ignorer/nier l'existence de l'idéologie "gaie" est fort efficace, car ça permet de nier toute tentative de censure de la part des élites "gaies" dans les débats sur la place publique lorsqu'il est question, entre autres, de mariage "gai" ou d'adoption d'enfants par des couples "gais". Tous ceux qui osent critiquer l'idéologie "gaie" font alors preuve de "haine", et c'est sans appel. Fort commode... Et alors faut-il comprendre que la notion de "fierté "gaie" serait une coquille vide, une émotion vague et éphémère ? Un peu comme préférer un jour la pizza plutôt que les omelettes et, le lendemain, avoir envie d'un gâteau Foret noir pour le petit-déjeuner, pour faire changement ? Dans les faits, sur le plan social, le développement d'institutions et d'organismes communautaires ne peut se comprendre sans référence à une vision du monde/idéologie. De même que la Croix-Rouge, l'Armée du Salut, Vision Mondiale et bien d'autres organismes ne peuvent être compris sans se référer à la vision du monde qui inspira leurs fondateurs, il est impossible de comprendre les multiples organismes communautaires et de lobbying "gais" sans débusquer et examiner l'idéologie "gaie" dont ils font référence et sont les promoteurs.

Il faut noter qu'il y a des "gais" pour qui reconnaître l'existence d'une idéologie "gaie" ne pose pas problème. C'est le cas du moins de John McKellar, un homosexuel canadien anglophone dans sa note "There's HOPE for the World: Homosexuals Opposed to Pride Extremism" et un autre intitulé "Issues: Definition of Marriage ". Il utilise, entre autre, les termes, en rapport avec les efforts de propagande des élites "gaies", "forced education of the benighted" et "relentless indoctrination".


Bibliographie


AFP
Un archevêque opposé au mariage gai menacé de mort.
Le Soleil 11/10/03 p. A5

Augé, Marc Génie du Paganisme
Ed. Gallimard Paris 1982 336 p.

Berger, Peter & Luckmann, Thomas
The Social Construction of Reality.
Irvington New York 1966/80 203 p.

Bergman, Jerry
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Notes

À ce texte ont contribué Robert Castonguay et Louis Robitaille.


[1]
- Sokal note dans A Physicist Experiments With Cultural Studies

[2] - Consciemment ou non, cela n'a aucune importance.
[3]- Lié généralement à l'existence d'êtres surnaturels.
[4]- Voir mon article en ligne: Mythe d'origines et théorie de l'évolution.
[5] - and, conceivably, all other fields of social research-P.G
[6]- Qui ne sont remplacés par aucune religion.
[7]- Mais qui exclue toujours les prétentions à la Vérité des grandes religions mono-théistes.
[8]- Le sympathique philosophe de la science Paul K. Feyerabend fait les remarques suivantes sur cette question (1979: 348):

[9]- Qui comporte beaucoup de liens avec le discours postmoderne.
[10]- Par contre, dès que ces religions abandonnent leur concept de Vérité, alors ils sont évidemment bienvenus aussi...